Le primat informationnel : logique et ontologie créatrice

Publié le 01/02/2016

  • Le primat informationnel : logique et ontologie créatrice

LE PRIMAT INFORMATIONNEL : LOGIQUE ET ONTOLOGIE CRÉATRICE

SÉBASTIEN RENAULT 

Nombre de scientifiques de pointe sont, à l’intérieur de leurs spécialités respectives, confortés dans une vision du monde née de l’abjuration de la métaphysique—abjuration dogmatisée par le mouvement positiviste au XXème siècle et qui demeure jusqu’aujourd’hui le fondement épistémologique du naturalisme en science « exacte ».

Un exemple bien français d’une telle attitude est celui d’Albert Jacquard (par ailleurs très intéressant et juste dans nombres de ses analyses autour de questions culturelles et sociales, dont l’éducation), qui disait, avec toute son autorité de généticien humaniste et de « philosophe » médiatique que « l’esprit n’est que l’aboutissement de l’aventure de la matière. Il n’a pas d’autre origine que l’ensemble du cosmos ».

Cette position est une reprise des thèses d’Héraclite et de Lucrèce (cf. De Rerum Natura) mariées à celles de Darwin—puisque « l’esprit », représentant ici l’émergence anti-entropique d’objets de plus en plus complexes, serait « l’aboutissement de l’aventure de la matière ».

Ce vilain mélange de présupposés philosophiques ancestraux et de scientisme dogmatique survit très bien en physique contemporaine officielle. Un de ses fameux représentants français n’est autre que Bernard d’Espagnat, spécialiste de mécanique quantique et membre de l’Académie des sciences morales et politiques (attention !). On retrouve les mêmes idées de fond (héraclitéo-darwiniennes) au travers des œuvres de John Gribbin (dans le domaine de la physique quantique et la prétendue « histoire évolutive des hominidés »), Paul Davies (également physicien, matérialiste patenté et hautement popularisé) Jerry Fodor, Daniel Dennett, Richard Dawkins, et d’autres figures de grande audience.

 

Introduction : une irrationalité profonde déguisée en rationalité

L’existence et la manifestation omniprésente d’une intelligibilité latente, d’une rationalité sous-jacente au phénomène multi-structuré et unifié du monde, pose un défi colossal à la doctrine prétendument « rationnelle » du positivisme matérialiste, le fondement intellectuel de l’athéisme.

Commençons par prendre quelque mesure du contraste que nous allons par la suite décliner sous plusieurs angles épistémologiques. Le positivisme matérialiste athée attribue à l’absence initiale d’intelligence et d’intention créatrice (autrement dit « à la chance ») la fonction littéralement magique de faire paraître toute l’intelligibilité formelle et téléologique1 qui imprègne et achemine le monde. La chose est tellement choquante pour la pensée que l’adhérence à pareille vision du monde par de nombreux  universitaires en tous genres et par une grande partie de la population ne peut simplement s’expliquer en termes de confusion logique et intellectuelle. Les racines irrationnelles et occultes de cette maladie de la pensée échappent à une étiologie de nature strictement philosophique.

Par contraste radical, nous postulons et tenons que l’ingéniosité informationnelle incorporée aux innombrables processus et agencements de la réalité signale l’inéluctable primauté d’un principe intelligent, par définition non-matériel (sur quoi nous reviendrons plus loin). Ce point de vue consiste à placer la réalité immanente de l’information au centre du débat, pour en décliner rationnellement les réelles implications, tant sur le plan scientifique que sur le plan métaphysique, et par-là même promouvoir une saine réconciliation de ces deux plans arbitrairement découplés sous le régime intellectuel vicié du scientisme rationaliste d’obédience athée. Notre thèse consiste donc à partir de la notion d’information comme du paradigme le plus apte à décrire la nature fondamentale de la réalité du monde pour  en découvrir l’origine intelligente (informationnelle), transcendante (non-matérielle), et libre (intentionnelle).

 

1 – Mystification scientifique et limites constitutionnelles de la connaissance

Depuis l’émergence de la théorie einsteinienne de la relativité restreinte, qui mathématiquement exprime le temps—multiplié par la racine carrée de -1—comme la quatrième coordonnée d’un « espace-temps » à quatre dimensions (le continuum géométrique courbe de Minkowski), le cadre épistémologique de la science physique moderne appliquée à la plus grande échelle possible échappe librement aux contraintes du domaine de la science authentiquement expérimentale. Les choses n’ont fait que s’aggraver avec la montée en puissance de la théorie einsteinienne de la relativité générale, encore plus mathématiquement mystifiante2 et physiquement aberrante que la première. Le primat des mathématiques pures et des constructions néo-pythagoriciennes sur les données informationnelles du réel constitue l’un des aspects caractéristiques du paradigme pseudo-scientifique auto-protecteur du dogmatisme cosmologique en physique contemporaine. Le dogme scientifique de cette double relativité ne souffre, jusqu’à aujourd’hui, aucune contestation officielle possible. Nul n’est autorisé un autre point de vue en cosmologie3. La discussion cosmologique, scientifique en surface, fait en réalité l’objet d’une exclusivité intellectuellement totalitaire imposée par les tenants invétérés du modèle hautement cosmogonique4 du « big bang » (modèle inflationniste mathématiquement fondé sur la solution de Friedman aux équations d’Einstein). Ce dernier est officiellement maintenu comme l’interprétation « la plus cohérente » dont nous disposions pour expliquer les grandes phases de « l’évolution cosmologique » et rendre compte de la structuration actuelle de l’univers. En réalité, cette hypothèse modélisée en explication prétendument cohérente ne perdure que par volonté philosophique (avouée ou inavouée) de faire correspondre à tous prix ses postulations et extrapolations fantastiques avec les  données de l’observation. Une telle inversion épistémologique ne peut assurément produire qu’une connaissance chimérique.

Plutôt qu’une information fabriquée par le truchement de modèles mathématiques substitutifs (potentiellement frauduleux, aussi élégants soient-ils), le paradigme d’une information logiquement et ontologiquement première restitue à la notion de causalité formelle, conformément à la saine raison, son éminence métascientifique pérenne. Il permet également d’assoir en toute raison la nécessité d’un intellect agent divin5—donc d’une volonté créatrice faisant librement apparaître un univers particulier à partir d’un nombre infiniment grand de possibilités. C’est ce que nous expliquerons et démontrerons succinctement dans ce qui suit.  

Remarquons d’entrée que la nécessité, pour la science, de redécouvrir ses fondements logiques et ontologiques, s’impose comme une question interne d’auto-cohérence. Le double théorème de Gödel6, qui porte sur l’incomplétude intrinsèque des mathématiques7, certifie 1) qu’aucun système formel de propositions axiomatiques ne peut établir à partir de lui-même la preuve de sa propre cohérence (d’où l’incomplétude constitutive d’un tel système, c’est-à-dire les limites irréductibles de sa démontrabilité) ; et 2) que tous les systèmes de mathématiques supérieures relèvent de cette restriction inhérente, puisque tous, en définitive, reposent sur les propositions axiomatiques de l’arithmétique du premier ordre.

On pourrait quelque peu en élargir le sens comme suit. Tout système logique formel (axiomatique) S s’appuie :

-        1) sur quelque donnée extrinsèque à S ;

-        qui 2) ne peut donc être démontrée à partir de S ;

-        mais 3) doit de nécessité être assumée par S.

Aucune théorie cohérente ne peut donc prouver sa propre cohérence ! Il s’ensuit, pour autant que la physique elle-même s’exprime dans un langage gouverné par une systématique formelle de raisonnements mathématiques cohérents, qu’il est logiquement impossible de concevoir une théorie physique finale (complète) qui soit intrinsèquement cohérente (parfaitement démontrable), et donc nécessairement vraie. D’où la pertinence du théorème d’incomplétude de Gödel en regard du domaine et des assises logiques de la physique.

Ainsi une théorie qui exclut la possibilité que l’univers soit contingent, c’est-à-dire dépendant, dans son acte même d’exister, d’un facteur extrinsèque ou transcendant (i.e. qui ne fait donc pas nombre avec l’univers lui-même), tombe dans le panneau chimérique de l’autosuffisance anti-gödelienne étendue à la physique. Car s’il est vrai qu’aucune théorie axiomatique ne se suffit à elle-même et que tout énoncé mathématique repose en définitive sur des assises indémontrables, alors la même démontrabilité restreinte doit également s’appliquer aux énoncés mathématiques d’une théorie physique du tout. D’où notre conclusion qu’une telle théorie pour la physique est tout aussi impossible que pour les mathématiques !

 

2 – De l’information biologique et de la vie

Au plan biologique le plus fondamental qui soit, le phénomène de la vie s’organise et se manifeste à partir de cellules, de protéines et de macromolécules.

La capacité de contenance en données informationnelles par cellule diploïde représente un ordre de grandeur se mesurant en gigabytes (1 gigabyte ≈ 1 × 10^9 bytes ou octets, soit 8 × 10^9 bits). Un gramme d’ADN peut à lui seul emmagasiner plusieurs centaines térabits de données (1 térabit = 1 × 10^12 bits). Quant au génome humain, qui contient l’information génétique complète de l’organisme sous la forme de séquences d’ADN « pliées » à l'intérieur de 23 chromosomes, il représente une base de données inconcevablement vaste se mesurant… en zettabytes (1 zettabyte = 1 × 10^21 bytes).

Concevoir le phénomène de la vie biologique à partir de sa nature essentiellement numérique, c’est-à-dire comme l’effet biochimique d’une gigantesque computation informationnelle, c’est se contraindre—par honnêteté intellectuelle et fidélité à la saine raison—à repenser de fond en comble les paradigmes d’origine en science moderne positiviste8.

Leibniz (1646-1716), logicien et métaphysicien de premier rang, s’intéressait dès les années 1670 aux propriétés non-décimales des suites fractionnelles dyadiques. Il fut l’un des premiers à discerner les possibilités combinatoires immenses du système de numération binaire. La synthèse de la logique et de la métaphysique par l’entremise numérique du système binaire lui apparut si cruciale qu’il l’exprima dans une formule aussi métaphysiquement pénétrante que poétiquement épurée : Omnibus ex nihilo ducendis sufficit unum (« Pour produire un tout à partir d’un rien, une unité suffit »). La puissance combinatoire de l’information binaire a depuis été amplement exploitée à travers les multiples applications de la technologie numérique moderne. Bien que les ordinateurs utilisent aujourd’hui différents systèmes d’encodage pour représenter et transmettre différents types de données, les bases arithmétiques sous-jacentes sont des bases multiples de la base 2 (l’octale, l’hexadécimale, etc.). D’où le rapprochement entre technologie informationnelle numérique et science du vivant. Le développement de la bio-informatique comme domaine interdisciplinaire d’application des outils logiciels pour la compréhension biologique atteste du bien-fondé de l’interprétation numérique du vivant. Les propriétés combinatoires du code génétique le rendent éminemment comparable à un fabuleux système d’encodage et de transmission de données informatiques. La relation analogique corrélant programme informatique (1101001) et séquençage nucléique (ATGCGCTA), traitement de données (ordinateur) et interface vivante (une cellule), données de sortie (production programmée) et organisme, l’illustre éloquemment.

L’ADN est le « cryptogramme » moléculaire de la vie (analogue à un disque dur). Toutes les informations du vivant y sont codifiées par l’intermédiaire de 4 bases azotées (analogues aux bits informatiques) : l’adénine (A), la thymine (T), la cytosine (C), et la guanine (G). Ces bases sont toujours couplées de telle sorte que l’adénine se connecte à la thymine, et la guanine à la cytosine. Ces appariements produisent donc 4 différentes possibilités de paires de bases : AT, TA, CG et GC. Chaque paire de base correspond donc à l’une de ces quatre valeurs. Le génome humain haploïde est constitué d’environ 3 milliards de ces paires groupées en 23 chromosomes. Un être humain hérite de deux ensembles de génomes (un de chaque parent), et donc de deux jeux de chromosomes, pour un total de 46 chromosomes, constituant le génome diploïde. Ce dernier consiste en l’explicitation complète de la séquence de bases azotées dans l’ADN d’un organisme.

L’on peut certes s’appuyer sur les lois de la biochimie pour pourvoir une analyse et empiriquement expliquer les diverses propriétés et mécanismes de l’ADN (les bases, les liaisons hydrogènes, les groupements phosphates, la réplication, la réparation, etc.). C’est là le travail de la génétique et de la biologie moléculaire. Pour autant ces lois biochimiques (et l’interprétation qu’en donne la science génético-moléculaire) n’apportent aucune explication quant au contenu informationnel intrinsèquement intelligent crypté dans l’ADN.

Comme disait Louis Pasteur, réfutant la génération spontanée de la vie à partir d’éléments chimiques non-vivants : omne vivum ex vivo (« Tout ce qui vit tient son origine de la vie »). De même devons-nous tenir le principe suivant, que nous inspire celui susmentionné de Pasteur, pour fondamentalement irréductible : omnis intellectus ex intelligentia (« toute intelligence tient son origine de l’intelligence »).

Considérons ici le hasard, qu’invoque encore et toujours le matérialisme scientiste athée institutionnel (et souvent, hélas, populaire) comme son deus ex machina privilégié.

Est-il raisonnable de soutenir un seul instant que le monde et la vie structurellement et consciemment intelligente qui s’y manifeste seraient la production aveugle « du hasard » ? Pareille conjecture peut-elle tenir la route sur le plan proprement rationnel ? Nous ne pouvons répondre que par la plus ferme négative ! Des millions de singes assis devant des millions de claviers tapotant aléatoirement pendant des millions d’années sur ces claviers ne sauraient jamais reproduire une œuvre d’Alphonse de Lamartine—ni même, d’ailleurs, ne serait-ce qu’une seule ligne d’une de ses œuvres (la science statistique atteste que la chose est en effet strictement impossible). Pourtant, prenez la plus humble cellule procaryote au monde (telle qu’une cyanobactérie) : elle est incomparablement plus complexe et plus étonnante que la plus grande des œuvres d’un Lamartine ou d’un Shakespeare !

Et les matérialistes soi-disant « scientifiques » veulent nous faire croire que tout cela serait le fruit du hasard ! De qui se moque-t-on ?

Sans entrer ici dans le détail des questions statistiques, illustrons néanmoins la chose en donnant le simple exemple suivant. Un singe tapant aléatoirement sur un clavier disposera d’une chance sur 26 de taper correctement la première lettre du texte Shakespearien d’Hamlet. Il disposera d’une chance sur 676 (26 multiplié par 26) d’en taper les deux premières lettres. Parce que la probabilité diminue de façon exponentielle, le singe ne disposera plus que d’une chance sur 26 à la puissance 20 (1/26^20, soit un nombre de 29 chiffres !) d’obtenir les 20 premières lettres. Le texte d’Hamlet comprend environ 130 000 lettres. La probabilité de la production aléatoire d’un tel texte est donc, en réalité, NULLE (c’est-à-dire que, mathématiquement parlant, la chose n’a aucune plausibilité).

Le matérialiste athée n’en soutient pas moins que la vie, en particulier les séquences très spécifiques des lettres de notre code génétique (infiniment plus complexe qu’une pièce de Shakespeare !), serait venue à l’existence il y a quelques milliards d’années comme « le fruit du hasard ». C’est dire l’irrationalité massive de la foi placée par les tenants du matérialisme athée dans le hasard. Notez qu’il s’agit bel et bien d’une foi, quoi qu’athée, mais surtout d’une foi dépourvue de rationalité réelle !

Le phénomène remarquablement diversifié de la vie biologique consiste en une gigantesque et complexe manifestation de données informationnelles. Le dynamisme interne de cette vaste production en manifeste la somptueuse diversité par transformation de messages compressés (i.e. codes) en messages décompressés (i.e. organismes). Cependant la vie en tant que telle ne se limite pas à sa seule dimension phénoménologique dans l’ordre des évènements de nature biologique. La chose est mise en lumière, par exemple à la lecture des textes sacrés (divinement inspirés) des Évangiles. Dans leur traduction grecque de l’original araméen, ces textes distinguent en effet la « vie » (βίος8) de la « vie » (ζωὴ9). Le terme araméen premier, חיא (ḥayā), inclut en lui-même la distinction, laquelle se révèle aux auditeurs ou lecteurs de cette langue magnifique selon d’autres variantes propres à ses caractéristiques polysémiques plus subtiles. La démarcation sémantique, rendue explicite par l’intermédiaire du grec, signale avec précision que la vie se manifeste dans sa réalité à la fois biologique (βίος) et métabiologique (ζωὴ). La vie ne saurait donc se réduire à sa manifestation (pour nous immédiatement évidente) dans l’ordre des phénomènes biologiques, puisque l’apparition et le développement de la vie biologique elle-même repose immanquablement sur la primauté ontologique méta-biologique de l’information numérique qui la gouverne.

D’où la question de fond qu’il nous faut à présent examiner, relative à ce qu’est l’information dans sa nature propre (quid est) et comment il se fait (quomodo) qu’il y ait d’abord et avant tout de l’information… partout !     

 

3 – Qu’est-ce que l’information ? Comment existe-t-elle ?

L’architectonique intelligible qui sous-tend le monde physique se manifeste à travers les diverses structures et phénomènes variablement complexes de la matière. Des distributions de probabilités subatomiques, en passant par les compositions atomiques et organisations cellulaires les plus élaborées, jusqu’aux planètes et systèmes galactiques les plus vastes, le monde physique est entièrement compénétré et modelé de l’intérieur par l’intelligibilité informationnelle présidant à ses innumérables opérations. Mais cette rationalité immanente, à la fois informée et informatrice, pour coextensive qu’elle soit à la matière, ne lui est pas du tout réductible. Ce qui insinue la question de quiddité fondamentale : qu’est-ce que cette information ? En quoi consiste-t-elle ? Et, comment existe-t-elle ?

Comme tout observateur un peu perspicace l’aura remarqué, l’ordonnancement intelligible à l’œuvre dans le monde s’y manifeste dynamiquement, selon un principe causal téléologique. Les multiples processus, mécanismes et opérations du monde y manifestent plus qu’une simple fonctionnalité existentielle brute (ce que le positivisme scientiste cherchait à faire oublier). Ils ne font pas qu’ « être là » (à la manière d’un da-sein strictement et purement existentiel, c’est-à-dire dépouillé de toute directionnalité interne visant au-delà du « là »/da-), mais s’organisent dans les limites précises de certaines échelles et activités conspirant à l’apparition, non seulement de la vie, mais encore  de la vie consciente rationnelle. Le monde est non seulement rationnellement agencé (c’est-à-dire informationnellement armaturé) ; il est en outre ordonné à l’apparition et au développement de la vie rationnelle.

 

Considérons maintenant l’information en elle-même. Celle-ci imprègne la réalité mais n’a pour autant pas de frontières physiques, c’est-à-dire n’a pas de propriétés de matière, d’énergie, d’espace et de temps—contrairement aux effets par lesquels cette information se manifeste à travers la réalité que nous voyons. L’information n’est donc ni matière, ni énergie, ni espace, ni temps ! Peut-on pour autant dénier qu’elle existe ? Ce serait absurde et auto-contradictoire (de l’information parlante, à savoir nous-mêmes, déniant l’existence de l’information). Maintenant, comment l’information existe-t-elle ? Réponse aussi simple que profonde : en donnant universellement forme à l’univers matériel, autrement dit en in-formant ce dernier. Sans information, c’est-à-dire sans règle ou programmation immatérielle pour sous-tendre l’univers matériel, ce dernier disparaîtrait tout simplement.

Ce qu’il faut logiquement en conclure, c’est que la matière ne peut évidemment pas se créer. Donc, quelque chose d’autre que la matière doit avoir porté celle-ci à l’existence. Ainsi, le non-matériel doit présider à l’existence du matériel (comme on vient de l’établir). En outre, en science, nous savons que chaque effet procède d’une cause. Car un effet ne peut pas être sa propre cause. Donc, si nous commençons le traçage de chaque effet à sa cause, et continuons de remonter l’ordre causal « à contre-courant » thermodynamique (puisqu’il y a effectivement une flèche du temps), nous avons deux possibilités :

  • premièrement, soit une série de causes et d’effets régressant à l’infini—donc sans cause première (en d’autres termes, sans commencement) ; ou bien,

 

  • deuxièmement, il y a un terminus a quo métaphysique de la série des causes et des effets, autrement dit une Cause sans cause à partir de laquelle émanent toutes les causes secondes et leurs effets. Quelque chose qui n’est donc pas venu à l’existence, mais qui a toujours existé. Quelque chose qui, en fait, est l’Existence même11 et confère l’existence à l’univers.

 

De ces deux choix, le premier représente un cas de figure impossible. Il est en effet absurde pour une série de causes et d’effets de régresser à l’infini : la chose est absurde logiquement et métaphysiquement, ce que confirme la loi universelle de l’entropie en physique (sur quoi nous reviendrons brièvement à la fin de cet article) ! Un monde éternel dans le passé est en effet d’abord et avant tout une absurdité logique (avant d’être une impossibilité physique), car cela impliquerait une contradiction foncière : à savoir à la fois une série infinie d’événements déjà réalisés (ce qui serait somme toute assez curieux) ; et une série infinie qui n’est pas encore réalisée (et qui, par définition, ne peut pas l’être !), puisqu’elle est par définition pour toujours en cours de prolongement par de nouveaux événements (ad infinitum). L’absurdité est ici insurmontable.

Donc, ne serait-ce que d’un point de vue logique, nous pouvons arriver à la certitude que l’univers a été porté à l’existence par une Cause non-matérielle elle-même non-causée (i.e. une Cause transcendante sans cause). C’est ce que nous appelons, à juste titre, Dieu.

Il est donc profondément rationnel de tenir que le monde porte en lui-même, dans son acte même d’exister, l’impossibilité structurelle de l’autosubsistance ! Cette impossibilité, inhérente à la structure du réel, implique que celle-ci est bel et bien l’effet d’un acte créateur transcendant au monde. C’est une question à la fois de logique, de physique, et de métaphysique.

La raison peut donc atteindre avec certitude à la nécessité, pour le monde tel qu’il existe, d’avoir un Créateur transcendant. C’est exactement ce qu’affirme le concile Vatican I (1869-1870), dans sa Constitution dogmatique Dei Filius.12

C’est dire si faire l’économie de Dieu est en réalité une attitude profondément irrationnelle !

Revenons un instant sur le primat de l’information. La matière est le principal véhicule de l’information dans le monde visible (et est elle-même gouvernée par de l’information). Qu’il s’agisse de l’information que nous-mêmes programmons pour la transmettre (en particulier aujourd’hui sous forme de logiciels informatiques), ou de l’information pré-intégrée aux structures du vivant, tout dans l’univers est contrôlé par de l’information codée. Or, nous savons pertinemment qu’il faut de l’intelligence pour décoder l’information transmise par l’intermédiaire de la matière. Mais si le décodage nécessite de l’intelligence, que dire de l’encodage ? Si l’in-formation préexiste et préside à la matière qu’elle in-forme effectivement, quelle en est donc la source de l’information elle-même ? Ce serait tomber dans l’ineptie la plus totale que de répondre : « la matière » et/ou le « hasard » !

La physique du modèle officiel conjecture, à partir des prémices philosophiques du matérialisme, qu’il n’y a pas de causalité extrinsèque au monde—c’est-à-dire pas de structure plus fondamentale qui puisse soutenir et définir la réalité physique sans s’y réduire. Cette réalité physique serait tout simplement là, comme par magie ! L’univers commencerait simplement par un « big-bang » à partir de rien... Il n’y a pourtant aucune justification scientifique convaincante pour soutenir pareil scénario. Nous sommes en réalité, comme nous l’avons souligné plus haut, en pleine cosmogonie moderne. Une telle affirmation ne résiste pas le plus élémentaire examen logique. La théorie du « big-bang » n’est ni plus ni moins qu’une croyance matérialiste, fût-elle « scientifique » d’apparence : à t = 0, l’univers (qui n’existe pas encore) est sorti de lui-même, par lui-même ! Nous avons-là la postulation d’un effet qui serait… sa propre cause. Chose logiquement, métaphysiquement, et physiquement absurde.

Conclusion : la réalité du monde ne peut pas ne pas provenir d’une source autre qu’elle-même !

Finissons par quelques remarques de synthèse sur les notions corrélatives d’entropie et de temps. Nous l’avons noté plus haut, de même qu’il est impossible que la vie ait émergé du non-vivant, ainsi est-il impossible de tirer de l’intelligence à partir de données dépourvues d’intelligence. Au niveau physique, cette impossibilité est attestée par l’omniprésence de la règle d’entropie. Il est en effet rationnellement inconcevable de postuler un système à faible entropie sans une programmation initiale de ce système. Ainsi, lorsque l’on remonte la chaîne du vivant, la question cruciale va porter sur la causalité formelle présidant à l’existence d’une information vivante. Puisque la vie s’avère être une réalité de contrôle à la fois intelligent et autonome (n’importe quel organisme exerce en effet un triage différentiateur de l’information par lequel il gère de manière aussi optimale que possible son rapport avec son propre environnement), nous ne pouvons qu’en conclure, de nécessité rationnelle, que cette réalité ne peut pas ne pas elle-même provenir d’une source à la fois intelligente et autonome (ce, suprêmement) !

La matière inerte aveugle ne peut en aucun cas produire un système intelligent, pas plus de manière spontanée qu’avec l’aide hypothétique—et logiquement absurde—d’un temps très long13 ou infini. Statistiquement parlant, entropie oblige, les choses acquièrent de plus en plus de probabilité au fil du temps. Il est donc exponentiellement plus improbable qu’un système d’entropie minimale (i.e. de complexité informationnelle initialement élevé) se soit auto-formé dans le passé en émergeant de « fluctuations aléatoires » (selon différentes extrapolations contemporaines s’appuyant sur l’idée de « fluctuation quantique »). Autrement dit, si l’on soutient, selon le paradigme inflationniste en cosmologie contemporaine, que l’univers existe depuis quelques 13,8 milliards d’années, l’on doit par-là même également maintenir que son niveau de complication informationnelle à ce stade de son développement expansionniste est une valeur particulière exprimée en termes d’entropie croissante. L’improbabilité initiale de la formation accidentelle de l’univers il y a quelques 13,8 milliards d’années est donc proportionnellement exponentielle à ce phénomène d’expansion entropique irréversible. C’est dire si le primat informationnel que nous avons ici présenté réduit une fois pour toute à néant l’hypothèse naturaliste d’un avènement accidentel de l’univers.

Notes 

1 Qui se rapporte à la finalité, du grec τέλος, et l’intention (créatrice) qui sous-tend celle-ci.

2 Du fait de l'élégance particulière de la notion—pourtant dépourvue de signification physique réelle—de « géométrie d’espace-temps ».

3 Seules les « observations » qui, moyennant le prisme déformant de modèles mathématiques préexistants, pourraient être interprétées à l’appui du récit officiel du « big bang », bénéficient d’un droit de cité en milieu universitaire. Les observations réelles (fort nombreuses et significatives) offrant matière à réfuter de façon probante l’arnaque grossière d’une explosion originelle il y a 13,8 milliards d’années, sont simplement ignorées ou commodément tenues à l’écart.   

4 Nous ne disons pas, à dessein, cosmologique !

5 L’intellect divin, qui est identiquement l’essence divine, est pure actualité (donc sans aucun mélange de potentialité) et discrimine, de manière créatrice omnisciente, toute information réelle ou virtuelle.

6 Kurt Gödel (1906-1978) est l’une des figures les plus illustres de l’histoire de la logique. L’impact épistémologique  exercé par ses résultats de 1931 sur la science et la philosophie, pour subtil qu’il demeure, est en réalité considérable. L’authentique valeur de ses travaux, ayant notamment trait à la théorie des nombres, à celle des ensembles, aux fonctions récursives, mais également à l’argument ontologique (que Gödel reprit vers la fin de sa vie en utilisant la logique propositionnelle modale, cf. Sébastien Renault in The Scholastics’ Neglected Heritage: Thought and Denotation Before the Post-Aristotelian Development of Logic, pp. 22-29, novembre 2013) dépasse significativement les limites de l’histoire de la science informatique.

7 Présenté du temps où Gödel, à 25 ans, n’était encore qu’un doctorant discret et inconnu (membre à temps partiel du corps professoral de l’université de Vienne), son théorème d’incomplétude démontre que tout système axiomatique pour l’arithmétique contiendra toujours des propositions vraies mais indémontrables. L’essence des théorèmes gödeliens d’incomplétude consiste en l’irréductible démonstration de ce que tout système logique formel sera toujours ou incomplet ou inconsistant.

8 Qui (irrationnellement) postule une origine matérielle aveugle du donné informationnel de la vie et de l’intelligence (ultimement, de l’intelligence rationnelle et libre qui est la vie même de l’âme et de l’esprit).

9 Luc 8, 14

10 Jean 10, 10

11 Nous disons que l’esse de Dieu et sa quiddité sont identiques, ce qui revient à dire que Dieu est cette réalité unique transcendante dont l’essence est de ne pas recevoir l’existence. Ainsi, quid est Deus? La seule réponse logique et cohérente est la suivante : ipsum esse—l’existence même, ce qui équivaut à être auto-subsistant. Dans son Abrégé de théologie (Compendium Theologiae), Saint Thomas d’Aquin l’explique comme suit (au chapitre 11 : Que l’essence de Dieu n’est rien d’autre que son existence) :  

[…] Dei essentia non sit aliud quam esse ipsius. In quocumque enim aliud est essentia, et aliud esse eius, oportet quod aliud sit quod sit, et aliud quo aliquid sit : nam per esse suum de quolibet dicitur quod est, per essentiam vero suam de quolibet dicitur quid sit : unde et diffinitio significans essentiam, demonstrat quid est res. In Deo autem non est aliud quod est, et aliud quo aliquid est ; cum non sit in eo compositio, ut ostensum est. Non est igitur ibi aliud eius essentia, quam suum esse.

12 Dans les canons (canons 1 et 2 : De Deo rerum omnium Creatore) : 1. Si quis unum verum Deum visibilium et invisibilium Creatorem et Dominum negaverit : anathema sit. 2. Si quis præter materiam nihil esse affirmare non erubuerit : anathema sit.

13 Un autre des ‘deus ex machina’ préférés du scientisme athée institutionnel (et popularisé)…

 

[© Janvier 2016 SR]

 

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