L'Etat et l'étal du Bataclan

Publié le 01/12/2015

  • L'Etat et l'étal du Bataclan
« Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde »

écrivait Bertolt Brecht. Très connu. 
Ce que l’on connaît moins, c’est que ce ventre fécond était celui de la Sozialdemokratie.

 

Lisant le Communiqué de la Fédération française de tir, je me faisais la réflexion que cette répression redoublée allait dans le sens que j’indiquais dans mon petit pastiche
« Désarmer les honnêtes gens sous prétexte de lutte contre le terrorisme », n’est-ce pas la preuve que dans les Cabinets on conjecture sur la possibilité de leur insoumission ? 
Dès lors qu’on commence à tuer ses enfants, comme tous ceux assassinés dans l’étal ignoble du bataclan, dès lors qu’on tue ses enfants le Peuple pourrait devenir imprévisible. Comme le peuple palestinien. 
Et si l’envie lui prenait de les sauver lui même ? 
Et si il allait se souvenir d’une certaine sommation de son hymne national : Aux armes citoyens !

On ne saurait être trop prudent : que la vile populace reste toujours désarmée, et devant la menace mortelle n’ait d’autre issue que se blottir derrière la solide carrure des vrais professionnelsextrêmement musclés, et tous ceux qui nous ont offerts, depuis l’affaire Merah, les preuves réitérées de leur vaine efficacité.

Certes, toute la chiennerie parlementeuse, censée représenter la Vox populi, a voté comme un seul chien couché la restriction drastique des libertés que l’on nomme État d’urgence, plutôt qu’État policier qui fait mauvais genre. 
À l’exception de six d’entre eux. Auxquels, quelles que soient par ailleurs leurs niches écologiques, il faut décerner l’Os d’or de l’honneur en ces temps cadavériques.

Mais si un beau jour toute la plèbe des sans-dents, passé l’état de choc, se disait « À bas l’état d’urgence ! », « sauvons nous nous-mêmes » ? 
Si c’est la guerre, il faut le Salut Public et non la dictature des intérêts privés. 
Qui sait si l’antique idée d’Autodéfense populaire ne reprendrait pas du poil de la bête face aux barbus inhumains ? 
C’est une bien mince probabilité, mais que le Pouvoir ne semble pas écarter.

J’en veux pour preuve qu’avant ces propositions de la Commission européenne destinées à désarmer le peuple, il y eût le Plan arme du Ministre Cazeneuve, qui allait dans le même sens. 
« Il y aurait », dit le ministère, «  31,2 armes légales en France pour 100 habitants, contre 101,1 pour 100 habitants au États-Unis, 30,3 en Allemagne et 6,7 au Royaume-Uni. » 
C’est beaucoup trop : nous autres sans-dents leur semblons armés jusqu’aux dents.

Les hasards du calendriers font que ce plan arme du ministre de l’Intérieur a été présenté l’après midi du Vendredi Sanglant. 
Et si l’on veut bien se se rappeler que le matin même de ce même jour des exercices de simulation d’attaques terroristes avaient été organisé par le SAMU de Paris, on peut se dire : Sacrée journée quand même, et bien remplie ! 
C’est un deuxième « hasard effroyable » selon la propre expression de l’urgentiste et ex-collaborateur de Charlie Hebdo Patrick Pelloux.

Un hasard et rien d’autre : il n’y a pas, il ne peut pas y avoir de liens entre le terrorisme qui vient du dehors, et la maintenance de l’Ordre qui reste du dedans. 
Les lois qui régissent l’Intérieur ne sauraient être mises en rapport avec celles en vigueur pour l’Extérieur. 
Le Microcosme et le Macrocosme sont deux mondes définitivement séparés. 
C’est ce qu’on appelle la discontinuité de l’Univers (cité l’été au PS). 
Le contraire de cette loi fondamentale s’appelle le complotisme.

La guerre sociale

Le saviez vous, dans la foire d’empoigne sociale, bien avant le Vendredi Sanglant, les milieux syndicalistes s’interrogeaient ainsi : D’où Hollande et Valls tirent-ils leur arrogance ? 
S’en faisant l’écho Daniel Gluckstein dans la Tribune des Travailleurs du 12 novembre se demandait : 
« Ce gouvernement rejeté s’apprête à essuyer une déroute aux élections régionales : où puise-t-il donc l’assurance de pouvoir continuer ainsi sur la voie des contre-réformes exigées par le Fonds monétaire international et l’Union européenne  ? »

Bizarre ce gouvernement vomi par la majorité de la population laborieuse, que les « observateurs » donnaient archi-perdant aux élections régionales, mais qui manifestait une arrogance sociale, une morgue qui n’appartient qu’aux vainqueurs. 
Monsieur Valls éternellement sûr de lui et dominateur, répondait, bien avant le Vendredi 13, par des coups de mentons mussoliniens à toute revendication sociale. 
Contre la majorité des syndicats il impose l’accord PPCR [1]. 
Il fait arrêter des salariés d’Air France coupables du crime de refuser 8 000 suppressions d’emplois ! 
Le retour de Galifet. 
Partout dans tous les domaines, il passait en force comme l’exprimait le journal Les Échos, qui redoutait en retour une possible révolte sociale.

La Loi Macron : pour la parfaire le gouvernement socialiste voudrait réduire l’imposant Code du Travail, en une brochure réduite aux dimensions du sac à main de Madame la Ministre du Travail, à côté de ses tickets de métro. 
La loi Touraine instaure le regroupement des hôpitaux et la généralisation du tiers payant. 
Ces deux mesures seront mises en œuvre dès le 1er décembre, en utilisant la procédure accélérée. 
Les médecins sont majoritairement opposés à cette loi ? Ils sont interdits de manifestation pour cause d’État d’urgence ! 
Le très modéré Conseil national de l’ordre des médecins publie la carte de ce qu’il nomme les « déserts médicaux » créés par les lois Hirsh et Tourraine. 
Il en a recensés 192, dans lesquels vivent près de 2,5 millions de personnes. 
Les régions Centre (43), Poitou-Charentes (22) et Haute-Normandie (18) sont les plus touchées. 
« Dans les Côtes-d’Armor, la situation est dramatique, on est dans une impasse totale  », déclare le président du conseil régional de l’ordre des médecins de Bretagne.

Les unions syndicales (CGT, FO, CFTC, CFE, CGC, Unsa, Sud) des Hôpitaux de Paris (AP-HP), ont toutes ensemble (une fois n’est pas coutume) dénoncé Martin Hirsch comme un « profiteur de guerre » car il « veut profiter de cette période d’état d’urgence pour passer en force !  » sa réforme destructrice de hôpital public.

Bien avant l’état d’urgence les observateurs avaient noté la fermeté du gouvernement dans ce domaine, et son mépris des médecins et personnels hospitaliers. Il bafouait ouvertement sa propre doctrine sociale de «  la contractualisation des rapports sociaux ». 
Fini la négociation, du « cause toujours », on est passé d’Urgence au « Ferme ta gueule ! »

Comme l’a écrit Ernst Wolff, journaliste indépendant, il en reste un peu en Allemagne, sur la situation en France après le 13 novembre :

 

 

« Pour augmenter sa capacité de concurrence sur le marché mondial, la France doit prochainement réduire les prestations sociales, durcir la loi du travail et abaisser le niveau des salaires. Toutes ces mesures vont provoquer une résistance sociale considérable à cause des inégalités sociales déjà existantes dans le pays. Cette résistance va pouvoir être réprimée au moyen de toutes ces mesures de limitation du droit de rassemblement, de surveillance d’Internet élargie et de l’extension des pouvoirs de la police et de l’armée. »

Ce matin, 29 novembre, Ministre Cazeneuve a dit assumer « totalement » l’assignation à résidence de 24 réchauffistes chauffés à blanc, avant la Conférence climatique : «  Même si ces personnes ne sont pas du tout liées à la mouvance terroriste, la mobilisation de nos forces doit être consacrée entièrement à la protection des Français » dit il. 
Hier les « islamistes », aujourd’hui les « écolo-anarchistes ». Et demain, qui ?

Farce Nationale

Ministre Valls ne semblait rien tant redouter que l’irrésistible ascension du Front national. 
Grâce à l’État de grâce on assiste à la résistible capitulation du FN. 
Marine Le Pen a immédiatement cédé à l’invitation qui lui a été faite de se joindre à l’union sacrée avec le gouvernement. 
Parlez de Police, d’Armée, de maintien de l’Ordre, d’Union sacrée à un type de la droite nationale et il se met aussitôt au garde à vous.

Valls a déclaré sur France Inter : « Nous devons donner tous les moyens, comme cela n’a jamais été fait dans notre pays, à la police, à la gendarmerie ainsi qu’aux services de renseignement. » 
Et aux Femen ? 
Je ne nie pas que la Gendarmerie, ce corps d’élite, n’ait prouvé récemment sa détermination et son sang froid. 
Qui ne se souvient encore de la solidité des gendarmes devant les hordes de la Noire Réaction marchante dans la Manif pour tous ? Et des courageux policiers déguisés en manifestants qui surgissaient au milieu des enfants dans les landaus pour écraser le fascisme dans les langes. 
Sans eux, que seraient devenues les malheureuses Femen, toutes nues, les pauvres, aux milieu des nostalgiques des bûchers de la Sainte Inquisition ? 
On frémit rien qu’y songer.

Oui ! Un fort sentiment de sécurité naît spontanément devant la besogne des forces de sécurité. 
Quand aux services de renseignement, près de 200 morts après l’affaire Charlie-Coulibaly, nous ne pouvons que nous incliner devant leur rare efficacité. 
Les familles des défunts rendent presque unanimement hommage à leur dévouement.

Nous sommes déjà bien loin des péremptoires déclarations de Marion Maréchal du 16 septembre : 
« Nicolas Sarkozy et François Hollande sont responsables du chaos d’où surgissent les monstres du djihadisme, du terrorisme, de l’état islamique, des migrations submergeantes, que les lâchetés rendent inendiguables. L’un et l’autre, Nicolas Sarkozy et François Hollande, chacun sur son strapontin historique, ont contribué à ce chaos criminel. »

L’état d’urgence acceptée avec les responsables et coupables d’un chaos criminel ?

En attendant le prochain ras de marée électoral, les cotes de popu-hilarité bondissent à se tenir les côtes ! 
Plus 32 % pour le Hollanderführer ! 
Presque autant pour le Caudillo. 
Selon le sondage Odoxa, après les attentats de Paris François Hollande passe à 71% et Manuel Valls à 66% d’opinions favorables ! 
Force est de constater que le vendredi 13 novembre fut un jour porte-bonheur pour le Pouvoir.

Vendredi 13

Mais il nous faut mettre en garde contre les explications sujettes à la complotite. 
Il est impossible d’imaginer que certains grands dirigeants aient pu s’attendre aux sabbats du Bataclan. 
Sauf à utiliser les services secrets de savants kabbalistiques et extralucides qui prédisent l’avenir. 
Mais ça personne n’ose y croire. Trop flippant. 
Gouverner n’est pas prévoir.

Personne de sain d’esprit n’irait jusqu’à penser que certains de nos dirigeants au plus haut niveau de l’État aient pu tremper dans le sang qui ruisselle de l’étal des bouchers. 
Que le pouvoir socialiste fasse du bon boulot en bombardant et tuant des civils en Syrie, c’est une chose, mais de là à imaginer qu’il n’hésiterait pas à immoler ses chers compatriotes pour des intérêts étrangers à la fRANCE, il y a un fossé de boue et de sang dans lequel nous nous refusons à patauger.

 

 

Ce vendredi 13 fut un vendredi étrange et extraordinaire à bien des égards. 
Et j’invite les lecteurs à se diriger vers les puissantes explications ésotériques, plutôt que vers le vulgaire rationalisme cartésien qui déshonore l’esprit français depuis si longtemps. 
Un Voltaire aurait ironisé sur certaines coïncidences. Et aurait écrit un Candide et le meilleur des états d’urgence possible. 
Mais n’avons nous pas suffisamment démontré ici que Voltaire était un type peu fréquentable ?

Sinon ce serait à se damner. 
Vous imaginez dans quel tourbillon nous serions précipités ? 
Dans le Vortex du plus froid des Monstres froids ! [2
Je plains les malheureux affligés de l’altération morbide du complotisme. 
Ils sont déjà dans le pressentiment du Pire. Il sont déjà mentalement emportés dans la Circumversion, « Le tourbillon glacé du Maudit qui rugit, quoerens quem devoret ». [3]

Nous sommes tous égaux devant la menace. 
Mais parfaitement inégaux quant à sa perception.

Notes

[1] Projet d’accord sur les parcours professionnels, les carrières et les rémunérations qui achève le statut de la fonction publique .

[2] L’État est le plus froid des monstres froids. Il ment froidement ; et voici le mensonge qui s’échappe de sa bouche : “Moi l’État, je suis le peuple.” Friedrich Nietzsche. Ainsi parlait Zarathoustra

[3] Grillot de Givry Le Grand Oeuvre

http://www.egaliteetreconciliation.fr/L-Etat-et-l-etal-du-bataclan-36360.html

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