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Une thèse "illégitime" sur Roger Garaudy

Publié le 22/12/2019

  • Une thèse

Comme toutes les productions universitaires, celle-ci vaut surtout comme collection de citations et de sources documentaires précises, bien compilées, bien ordonnées. Un prof en exercice chipoterait bien sur une date ou une virgule, pour faire croire qu'il connaît encore mieux le sujet que le doctorant. Pour ce qui est de la thèse soutenue, au long de 547 p., c'est la thèse de la couleuvre: elle serpente, elle gobe ce qui passe à sa portée, elle regarde ailleurs, elle sommeille à l'abri d'instances protectrices, elle ouvre un oeil, elle baîlle avec appétit, elle serpente, elle gobe, elle excrète, elle se rendort : rien de bien méchant, il faut bien manger pour vivre, toutes les espèces ont leur espace, sous le soleil.

Texte complet ici: https://tel.archives-ouvertes.fr/tel-01929228

Mais ce qui compte, vu que le détail n'intéressera jamais qu'une poignée de successeurs cherchant à leur tour à faire carrière dans une université, c'est le titre, et le chapeau de présentation: ils ne sont pas de l'auteur DG, mais concoctés par des instances supérieures spécialisées dans la retouche discrète, obéissant aux minuscules éminences grisâtres qui leur susurrent des choses aussi venimeuses qu'inévitables. Et voilà pourquoi la recherche en sciences misérablement humaines est aphone, en France.

Résumé de la thèse de Didier GAUVIN Roger GARAUDY un intellectuel communiste illégitime.

Posted: 20 Dec 2019 08:48 AM PST

"Après avoir atteint l'excellence en tant qu'intellectuel de parti stalinien pendant la Guerre froide, Roger Garaudy s'est construit comme intellectuel "véritable" contre la doxa du PCF qu'il était pourtant chargé d'incarner, à la faveur de son autonomisation suite au choc du XX° Congrès du PCUS périmant sa foi en Staline. C'est ainsi que la résurgence progressive de son habitus théologico-philosophique a fait de lui l'homme du dialogue par excellence adapté à la démarginalisation du PCF dans le champ intellectuel des années 1960. Mais si son engagement sur la tangente hérétique a fait de lui l'un des intellectuels communistes poussant le plus loin le projet de rénovation du PC en offrant une véritable stratégie alternative à celle du Parti après 1968, l'exclusion qui s'en est suivie s'est traduite par un retour du refoulé religieux qui, couplé à la posture prophétique d'un intellectuel désormais excentré dans le champ intellectuel français, a largement contribué à la délégitimation de l'ancien philosophe du PC avant même sa radicalisation ultime qui a achevé de le disqualifier suite à sa condamnation pour négationnisme."
 
Eventuellement alléchés par ce prétendu "résumé", on chercherait en vain dans le corps de la thèse ce qui pourrait avoir trait à une "radicalisation", ou à une "condamnation pour négationnisme": l'auteur a choisi de ne pas s'intéresser aux dernières années de réflexion de Garaudy; il s'arrête à sa conversion à l'islam, ignore que Garaudy s'est appuyé sur l'islam pour développer son antisionisme et le répandre, et le faire fructifier; l'auteur n'a rien à dire non plus sur son révisionnisme historique, sur son procès, sur l'attitude honteuse de la France, ce pays jusqu'ici légendaire pour ses audaces intellectuelles, soumission récemment soulignée par l'ayatollah Khamenei. C'était pas le sujet!
 
Qui est le plus "illégitime" là-dedans?  La thèse n'a pu être soutenue, à l'université de Grenoble, que parce qu'un mot, dans le titre, le postulait: Garaudy est un "illégitime", par-delà la mort: il faudra encore longtemps jeter des pierres sur celui qui  a été lynché, sur ordre des organisations juives qui prétendent faire la loi en France.

On retiendra donc une leçon de méthode, pour les prochaines thèses: l'esprit de la couleuvre, qui avale et que d'autres avalent, c'est bien, celui de l'autruche, qui montre son derrière, c'est encore plus recommandable.

Une autre thèse présentant un titre aguicheur avait attiré l'attention de Robert Faurisson: celle de Rémy Besson, sur la mise en scène de la Shoah. Celle-ci, centrée sur l'oeuvre de Claude Lanzman, avait le mérite de la démolir en pointillé, subrepticement, en tant que consentement à la violation de toute l'éthique de la recherche documentaire. C'était assez subtil, fuyant, voire invisible, pour avolir mérité une publication aux éditions MkF ...

Le plus bel échantillon de la démarche de Garaudy, celui qui maniait la parole prophétique, comme le reconnaît Didier Gauvin, une parole souvent comprise de travers, parfois énigmatique, mais entraînant aussitot que proférée la démonétistion des pleutres et des sectaires, reste cette collection de citations simples (reprise p. 427-429), qui unifie son oeuvre, TOUTE son oeuvre; et les conditionnels prudents, asortis de points d'interrogation pour contribuer à la "délégitimation" requise, de DG n'y pourront rien changer:


Conscient que la multiplicité des étiquettes qu’on pouvait lui accoler mettait à mal sa crédibilité, Roger Garaudy était naturellement soucieux de donner continuité et cohérence à une trajectoire dont tous soulignaient les contradictions :

« C'est un lieu commun de dire qu'il s'est produit plus de changements en ce siècle qu'en 5000 ans d'histoire. Que penser alors d'un homme qui, ayant eu la chance de vivre cette prodigieuse mutation, fut resté assis à la même place pour la regarder passer ? Je ne demande pardon à personne de n'avoir pas voulu être ce cadavre. »

Ainsi reconstitue-t-il sa trajectoire comme l'aboutissement d'étapes libératrices successives pour arriver au projet terminal qu'il n'aurait cessé de rechercher sa vie durant :

« A vingt ans...la grande affaire de ma vie fut de lui chercher un sens. Mais (...) changer le monde et changer la vie exige une communauté. Je n'ai pas choisi la plus facile, celle des communistes, et je ne regrette pas d'en être resté 37 ans solidaire. Ni d'y avoir lutté pour lui faire reconnaître la dimension transcendante de l'homme. Ni d'avoir préféré Don Quichotte à Sisyphe. Après le tournant des rêves (...), je me suis tourné vers un plus large univers. Sans changer de but, mais de communauté pour l'atteindre. Le but immuable, qui (...) a orienté toute ma vie, à partir de la nébuleuse de mes vingt ans, est devenu, après un demi-siècle d'expériences exaltantes et parfois douloureuses, d'une limpidité de cristal. Il peut se résumer en cet axiome : toute société prétendant faire abstraction des deux dimensions majeures de l'homme : transcendance, c'est-à-dire reconnaissance de la dépendance de l'homme à l'égard de Dieu créateur, et communauté, c'est-à-dire sentiment, en chaque personne humaine, d'être responsable du destin de tous les autres, est vouée à la désintégration. Les communautés à travers lesquelles j'ai cherché à atteindre ce but, christianisme, marxisme, Islam, sont toutes des communautés malades (il n'en existe nulle part de saines)… »

Ou encore, plus récemment : « Ma plus grande fierté est d’avoir conscience, à 84 ans, d’être resté fidèle aux rêves de mes vingt ans. Seuls des plumitifs marmonnant le « bréviaire de la haine » se sont acharnés à écrire “l’histoire de mes variations”, en collectionnant les étiquettes : chrétien, marxiste, musulman, sans imaginer qu’on puisse changer de communauté – surtout lorsqu’elles vous excluent – sans pour autant changer de but. Ma joie fut de sentir combien j’étais compris, au cours de ma vie et de ma lutte contre tous les intégrismes, par quelques-uns des plus hauts esprits de ce siècle. »

Continuité de but, peut-être, mais qu’y a-t-il de commun entre les thèses explicites du Garaudy des années 1950 et celui qui affirme dans ses mémoires (1989) ses trois « postulats de l'espérance » :

« 1. Le postulat de transcendance : le possible fait partie du réel. L'homme est autre chose et plus que l'ensemble des conditions qui l'ont engendré (...)

2. Le postulat prophétique : l'homme est l'être qui juge et agit dans le présent, à partir de l'avenir, à partir de la fin (...)

3. Le postulat eschatologique : celui de la résurrection (...) »

A l'explication par les causes, le philosophe oppose kantiennement l'explication par les fins comme seule adaptée à la conduite humaine; aux « lois abstraites » de la science, il reproche -thème classique- de ne pas saisir l'individu dans son « irréductible singularité ». [et blablabla etc]