Tribulations eschatologiques en Terre sainte I

Publié le 21/10/2019

  • Tribulations eschatologiques en Terre sainte I

 Paul Matthews

 

« … L'institut du temple vient d'annoncer qu'il est en train de préparer l'élevage de génisses rousses. La cendre d'un tel animal est indispensable à la purification de l'endroit où doit s'élever le troisième temple juif ... Sur le mont du Temple, à la place des saintes mosquées. Le mouvement messianique est donc passé à la dernière étape de son projet. Déjà tous les ustensiles nécessaires au culte dans le temple ont été reconstitués … ». La vache rouge plus dangereuse que le nucléaire iranien ? Charles Enderlin 2015 https://blog.francetvinfo.fr/charles-enderlin/2015/07/12/la-vache-rousse-plus-dangereuse-que-le-nucleaire-iranien.html 

Correspondant à Jérusalem de la chaîne de télé France 2 jusqu'à août 2015, ce journaliste, reporter et auteur franco-israélien avait vu diffuser le mardi 31 mars 2015 à une heure tardive - 23h40 - et avec un important retard - son documentaire(q.v.) Au nom du temple, le sionisme religieux contre la paix. 

Si ce travail mémorable raconte sans concession l’historique des iniquités perpétrées pour le compte du Grand Israël, il passe sous silence toute l’affabulation historique qui sous-tend le terrorisme messianique sioniste. Apparemment toute vérité n’est pas bonneàdire ou à croire comme le fait dire Beaumarchais à Figaro. En effet l’Esplanade des Mosquées n’a jamais abrité le temple d’Hérode, encore moins les temples de Zorobabel et Salomon. Autrement dit : la tradition juive classique concernant le positionnement du saint des saints hiérosolymite vétérotestamentaire ne colle pas avec les limites géophysiques du site. 

Voici, bruts de décoffrage, l’argument irréfutable, la preuve formelle, les éléments incontournables pour ce qui est du véritable lieu de cette institution controversée. Car au pied du "Mur des Lamentations", alias le "Kotel", les fidèles du Yahvé aujourd’hui dirigent l’essentiel de leur culte envers le mur de soutènement d’un édifice romain que leurs ancêtres dans le temps d’Hérode avaient tenus dans le mépris le plus total. 

Une histoire d’eau millénaire dont les conjurés sionistes aimeraient tant se passer 

« …Ensuite, l’homme m’a fait revenir vers la porte du temple. J’ai vu que de l'eau sortait sous le seuil du temple, à l'est, car la façade du temple était orientée à l’est. L’eau descendait sous le côté droit du temple, au sud de l'autel … ». Ezéchiel 47 : 1. 

Utilisée comme eau potable, mais aussi initialement pour irriguer des jardins dans la vallée adjacente du Cédron, la source de Gihon (מעייןהגיחון) ou puits de la Vierge, est l’une des principales sources rythmiques ou intermittentes du monde et un approvisionnement fiable en eau qui a rendu possible l’établissement humain dans l’ancienne Jérusalem. Le tunnel de Siloam (en hébreu : ק ב ת ה ש ל ח, Nikbat Hashiloah), également connu sous le nom de tunnel d’Ézéchias, est un aqueduc souterrain remarquable taillé dans la roche vivante sous la soi-disante cité de David (Hébreu : עיר דוד, Ir David ; Arabe :وادي حلوه, Wadi Hilweh).

Il est situé dans le quartier palestinien contesté de Silwan dans l’est de Jérusalem et c'est la principale source d’eau pour le bassin inférieur de Siloé, de Siloam ou de Silwan (Arabe : بركه سلوان, hébreu : בריכת השילוח, Breikhat Hashiloah), où, tout près, il y a plus de 3000 ans, habitait initialement la modeste communauté cananéenne dans ce qui est devenu le noyau de Jérusalem de l’âge du bronze et du fer.

Au sommet de l’étroite crête rocheuse connue sous le nom de Mont Ophel, entre la vallée précitée du Cédron et le Tyropœôn - ravin autrefois profond et accidenté, maintenant comblé de 18 siècles de débris d’activité humaine - le terrain a été fouillé entre 1961 et 1963 par l’archéologue londonienne Kathleen Kenyon (1906-1978) et Roland Guérin de Vaux, prêtre dominicain d’origine parisienne (1903-1977).

 Sa proximité d' une source d’eau douce courante - indispensable aux fins du sacrifice rituel - sans oublier les lois alimentaires juives ou les règlements ultérieurs du casheroute - dérivés principalement du Lévitique et du Deutéronome - rend sans doute cette zone particulièrement adaptée aux cérémonies et rites qu’on associe à la purification. En effet, si nous devons croire Richard Elliott Friedman, auteur faisant autorité de Qui a écrit la Bible ? (Harper San Francisco,1987, nouvelle préface 1997), pendant les règnes de deux monarques de Judée - à savoir Joachaz ou Achaz (vers 732-716 avant JC), dépeint dans l’Ancien Testament comme un polythéiste païen, et son fils bibliquement pieux et successeur Ézéchias (vers 739 - 687 avant JC) - l’observance religieuse dans ce lieu de culte central du Royaume de Juda pour tout ce qui relèverait de pratiques confessionnelles et de la caste sacerdotale, s’étendait, respectivement, jusqu’à accueillir des services de prostituées de temple et à l’utilisation des locaux pour l’abattage rituel du bétail. 

A l’inverse, la recherche archéologique, biblique et philologique, avec des témoignages oculaires comme ceux de l’historiographe judéo-romain Titus Flavius Josephus (37-100 après JC), et deux rabbins du 12ème siècle - Moïse Maimonides, alias Rambam (1138-1204 après JC) et David Kimhi. alias Radak (1160-1235 après J.-C.) – semblent confirmer que le trapèze fortifié d’environ 12 hectares, surnommé à tort le 'Mont du Temple', abritait en réalité la forteresse romaine d’Antonia construite par Hérode le Grand (74 avant J.-C.- 4 après J.-C.) sur une ancienne citadelle hasmonéenne utilisant les compétences d’ingénierie romaine. Le Dôme du Rocher et la mosquée al-Aqsa, datant du VIIe siècle, aujourd’hui occupent la surface de ce qui était effectivement un exemple typique de l’un des campements militaires de Rome, soit une caserne où fut cantonnées les cohortes de la Legio X Fretensis – une garnison forte de 5.000 à 6.000 hommes - nombre excluant le personnel civil s’occupant des tâches administratives et logistiques et pouvant en tout s’élever à 10.000 personnes - pendant la dynastie Flavienne et celle des Antonins. Ce même endroit est aujourd’hui appelé le Haram الحرم الشريفsignifiant le «Noble Sanctuaire».

 À l’époque biblique, ce n’était pas un lieu sacré et, à toutes fins utiles, il s’agissait des parages souillés qui furent méprisés dans la mentalité élitiste judéenne. Le 'Mont du Temple' mal nommé avec ses 37 citernes n’était d’ailleurs pas équipé pour le sacrifice. Entre 1968 et 1978, l’historien israélien Benjamin Mazar (né Binyamin Zeev Maisler,1906-1995) diriga des fouilles au sud et au sud-ouest du mont du Temple, dont une zone qu’il a décrite comme l’Ophel. C’est dans le Haram qu’il a découvert les pierres massives - 30 pieds de long, 15 pieds d’épaisseur et 7,5 pieds de haut – dont Titus Flavius Josephus a témoigné comme étant indissociable de l’endroit où, comme il l’indique, Rome avait choisi de poster une légion entière.

 Des forteresses romaines comme celle-ci parsemaient l'empire romain, de l'Espagne à la Bretagne insulaire en passant par l'Allemagne et le Moyen-Orient. Cette forteresse romaine à Sergiopolis en Syrie est toujours debout. Notez la similitude frappante de taille (40 acres), forme et disposition avec la structure de Haram es Sharif en Palestine voisine, ainsi que la forme consistante du «coupe-biscuits» des autres forteresses romaines. L’environnement ainsi remet en question la tradition et les études de longue date de la forteresse d'Antonia, avec des implications décisives pour l'emplacement du temple de Jérusalem de l'époque biblique. Selon des sources anciennes, ce lieu est traversé par un véritable «Who's who» du monde antique et classique : Cléopâtre, la reine d'Égypte … les généraux romains Titus et Pompée … Hérode le Grand… son fils Antipater … Marc Antoine … Ponce Pilate … Jésus de Nazareth … l'apôtre Paul … l'historien Josèphe … l'empereur romain Hadrien… et des dizaines de milliers de légionnaires romains. Cependant, pourquoi les historiens n’ont-ils donné au fort Antonia - la grande forteresse romaine construite à cet endroit et hébergée par le roi client de Rome, Hérode le Grand - que des références insignifiantes ? Comment l'histoire "perd-elle" simplement l'une des grandes réalisations architecturales du monde antique ? Et pourquoi les dessins d'archéologues bibliques contemporains ont-ils souvent représenté Antonia comme un bâtiment relativement modeste, de la taille d'une annexe, situé à l'angle nord-ouest de Haram es Sharif, communément appelé le «mont du Temple» ? (Cf. image infra). 

L'histoire commence avec Josèphe, érudit et historien romano-juif du premier siècle, qui explique dans ses écrits qu'Hérode le Grand a élargi le «Baris» (mot grec qui signifie «tour»), construit par Jean Hyrcan Ier, neveu de Judas Maccabée, célèbre dirigeant juif du deuxième siècle avant notre ère - pour remplacer la citadelle protégeant jadis le temple de la Cité de David (Jérusalem pré-babylonienne). Flavius Josèphe parle de sa splendeur et de l’argent dépensé par Hérode - un dépensier prolifique - pour sa construction. Hérode a surnommé le camp romain «Fort Antonia» d'après son ami Marc Antoine, qui lui a assuré sa réputation de maître d'œuvre par sa magnificence sans pareil. Il devait faire environ 20 hectares, à l'instar d'autres camps romains typiques pouvant héberger une légion de 5 000 à 6 000 soldats. Josèphe Flavius l'a décrite comme étant «érigée sur un rocher de cinquante coudées» sur un «grand précipice». Il y avait «toutes sortes de chambres et d'autres commodités, telles que des cours, des lieux de baignade et de grands espaces pour des camps, tellement qu'il avait toutes les commodités des villes et semblait avoir été composé de plusieurs villes». Avec ses murs de 60 pieds, ses quatre tours (le sud-est mesure 105 pieds de haut) et ses pierres lisses installées sur ses pentes, le fort dominait le temple au sud, prêt à repousser les attaques les plus redoutables. Lorsque des troubles se préparaient dans le temple ou pour maintenir la paix pendant les fêtes, des soldats romains se déversaient du Fort Antonia sur deux ponts aériens de 200 mètres de long, les reliant aux toits des portiques du temple. Ils se dispersaient ensuite autour de son périmètre de quatre étages. Au besoin, les soldats pouvaient faire pleuvoir leurs flèches sur les gens dans les gradins extérieurs ou descendre par des escaliers pour se battre au corps à corps.

Or, malgré ces descriptions détaillées de Josèphe, qui a personnellement participé à la première guerre judéo-romaine (66-73 après J.-C.) et au siège de Titus, les modèles actuels de Fort Antonia approuvés par les plus grands érudits et historiens traditionalistes sont illustrés par cette image ci-dessous :

 Cf. Re-Locating Herod's Temple - Century Onehttp://www.centuryone.com/Jerusalem/temple.html. Copyright ©2012

 

À suivre … Pour références cf. Notes en Annexe après la deuxième partie

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