Mobilisation contre la loi sur le renseignement le 21 juin à Paris

Publié le 16/06/2015

 


Le Lundi 15 juin 2015 18h34, "[email protected]" <[email protected]> a écrit :


Chers amis et soutiens,

Comme vous l’aurez certainement lu dans la presse, l’affaire de Tarnac
avance, ou s’enfonce, c’est selon.

Si nous nous permettons d’utiliser cette mailing-list aujourd’hui c’est
à (presque) tout autre sujet.

En effet, un appel vient d’être publié sur le site Mediapart. Il
s’intitule #occupyDGSI et propose un grand rassemblement devant les
locaux de la DGSI le 21 juin prochain afin de protester contre la
nouvelle loi sur le Renseignement et les différentes offensives
sécuritaires du gouvernement. Pour l’instant, il a été signé par la
Confédération Paysanne, le Syndicat de la Magistrature, le Parti de
Gauche, le Syndicat National des Journalistes, le Syndicat des avocats
de France et bien d’autres.

Il va sans dire que le comité de soutien de Tarnac se joint de tout
coeur à cet appel  que nous reproduisons ci-dessous.

Pour plus d’informations:
- www.occupydgsi.com
- www.facebook.com/occupyDGSI
- www.twitter.com/occupyDGSI

Dans un autre registre, nous vous conseillons vivement la lecture de ce
nouvel hebdomadaire d'informations : https://lundi.am


Bonne journée,
Des Tarnacois

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#OCCUPY_DGSI !


Pourtant, les rapports de force commencent à changer. Nous assistons à
l'émergence d'une génération post-terreur, qui rejette une vision du
monde définie par une tragédie particulière.
Edward Snowden


Après l'Assemblée nationale, la loi sur le renseignement a donc été
validée par le Sénat à une forte majorité. Les lois scélérates sont
toujours votées à de « larges majorités ». C'est quelques années plus
tard que l'on s'avise de l'erreur commise. Quand il est trop tard. Quand
le mal est fait, et entré dans les mœurs.

La loi sur le renseignement, c'est malgré tous les dénis
gouvernementaux le coup du Patriot Act, avec quatorze ans de retard.
Fort heureusement, nous avons pu voir ce que cela donnait, depuis le
temps. Nous sommes déjà plus d'une décennie après la « loi sur le
renseignement ».

Donner aux services de renseignement le pouvoir d'intercepter tout ce
que bon leur semble, cela donne la NSA et donc Snowden, la NSA et le
scandale de la NSA. C'est un fait désormais établi : les milliards
d'interceptions du programme PRISM ont permis en tout et pour tout de
déjouer « peut-être un » attentat, et en réalité aucun. C'est donc que
le but de la surveillance de masse n'est pas de déjouer des « attentats
terroristes », mais la surveillance de masse elle-même ; le « terrorisme
» sert de prétexte à une tout autre politique.

L'étrange raisonnement qui consiste à dire « puisque la police a telle
ou telle pratique illégale, autant la légaliser » plutôt que d'en
déduire, ce qui serait tout de même plus logique, qu'elle doit cesser
d'avoir ces pratiques, relève d'une sidérante démission devant la
souveraineté policière. Si la sous-direction antiterroriste se mettait à
régulièrement torturer des suspects « afin de déjouer des attentats »,
dirait-on : « il n'y a qu'à légaliser la torture » ? Dire oui, c'est la
guerre d'Algérie. Ou les extraordinary renditions de la CIA après le 11
septembre, dont le Sénat américain a jugé à l'automne dernier que les
États-Unis y avaient « perdu leurs valeurs ». C'est, à l'autre bout, la
même logique devenue folle qui fait conclure à des parlementaires que
pour éviter que des manifestants ne soient blessés par la police, il n'y
a qu'à leur interdire de manifester.

Avant de donner un pouvoir sans contrepartie aux services de
renseignement, avant de mettre la police antiterroriste à l'abri de tout
contrôle et de tout recours, il n'est pas mauvais d'écouter ce que ces
gens-là disent de leur « métier ». Ainsi cet Alain Chouet, qui dirigea
le Service de renseignement de sécurité de la DGSE : « C'est ne rien
comprendre que d'accuser les services secrets de faire « dans
l'illégalité ». Bien sûr qu'ils font « dans l'illégalité ». Ils ne font
même que cela. C'est leur vocation et leur raison d'être. Le
renseignement se recueille en violant ou en faisant violer la loi des
autres. (…) Considérant cette fin, il va de soi que les moyens mis en
œuvre seront en rapport : manipulation, séduction, corruption, violence,
menace, chantage, au terme d'un processus qui aura mis à nu toutes les
facettes de l'objectif visé, pénétré son intimité, exploité toutes ses
vulnérabilités ». Sommes-nous sûrs de vouloir faire un chèque en blanc à
ce genre d'individu, comme le fait la loi sur le renseignement ?

Depuis que la DCRI existe, on n'a connu d'elle que des scandales, des
ratages et des mensonges sur ses ratages. Elle a même dû se rebaptiser
DGSI pour faire oublier la si mauvaise réputation qu'elle s'était faite
en si peu d'années d'existence. La loi sur le renseignement est
essentiellement faite pour que de futurs scandales à son sujet ne
sortent pas, et pour verrouiller une situation sociale métastable, un
contexte politique tendant vers l'ingouvernable.

Le train de lois et de propositions de lois toujours plus féroces que
le gouvernement multiplie depuis les attentats de janvier s'apparente à
une offensive omnilatérale profitant de l'état de choc de la population.
Une conseillère du ministre du Commerce britannique, n'écrivit-elle pas
à ses collègues, dans l'heure qui suivit l'attentat du 11 septembre : «
C'est un très bon jour pour faire ressortir et passer en douce toutes
les mesures que nous devons prendre » ? Loi Macron, Rebsamen, sur le
renseignement, réforme du droit d'asile, loi anti-squat, etc., font
système. Elles sont autant de fronts ouverts simultanément dans une
sorte de blitzkrieg social. Dans ce dispositif, la loi sur le
renseignement fonctionne comme un verrou, un verrou contre les révoltes
logiques ; et puisque c'est la DGSI qui sera en charge de « gérer » les
mouvements naissants, les dissidences potentielles et les futures
interdictions de manifester, c'est devant ses locaux que nous proposons
de manifester le jour de la fête de la musique.
Allons voir où sont ceux qui nous surveillent !
Prenons la rue à ceux qui nous préfèrent chacun chez soi !
Faisons connaissance au nez et à la barbe de ceux qui nous connaissent
si bien !

Nous appelons donc tous ceux qui luttent contre les nouvelles lois,
tous ceux pour qui elles ne passent pas, tous ceux qui refusent de
simplement subir l'offensive gouvernementale actuelle, à se réunir pour
un banquet et une vaste assemblée populaire au pied du siège de la DGSI
(84, rue de Villiers, Levallois-Perret), de midi à 18h, le dimanche 21
juin. N'hésitez pas à ramener de quoi partager un repas, et vos
instruments de musique.

Premiers signataires : Ligue des droits de l'homme, Syndicat de la
magistrature, Syndicat des avocats de France, Sud-Solidaires,
Confédération paysanne, Alternative libertaire, Fédération anarchiste...


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