Uberpreneurs: Doron Mamet à l'honneur

Publié le 07/03/2016

  • Uberpreneurs: Doron Mamet à l'honneur

Uberpreneurs : Doron Mamet à l’honneur

Maria Poumier

Ce nom ne vous dit rien ? Oui, Doron Mamet préfère être discret à l’international, mais il est au rang de Bill Gates, qu’on ne présente plus, Ingvar Kamprad (Mr. Ikea), Chuck Feeney (Duty Free shoppers), Amancio Ortega (Zara), Kiran Mazundar-Shaw (Biocon), Jeffe Bezos (Amazon,) Larry page (Google), Niklas Zennström (Skype), Oprah Winfrey (Harpo Productions), Mark Zuckerberg (Facebook).

C’est lui, le Business de la Grossesse Pour Argent. Comme ses collègues, il est millionnaire, et il a, nous dit-on, définitivement changé le monde. Il a réussi ce qu’aucun Etat, aucune firme, aucune ONG n’aurait pu entreprendre. A base de courage, de talent visionnaire, de vitesse, de souplesse, et de génie pour saisir les opportunités. Les uberpreneurs sont des innovateurs, ils sont persuasifs et créent de l’autonomie pour tous, parce qu’ils savent offrir des investissements irrésistibles, attirant ainsi  des talents et des loyautés, et bien décidés à garder le contrôle total de leurs entreprises jusqu’à la réalisation complète de leurs rêves, ceci au mépris de tous les obstacles. Bref, ils ont tous « massivement créé du capital neuf, dans le domaine financier ou technologique, social ou spirituel ».

Doron Mamet est Israélien, et se donne pour but de faire des heureux. Ses moyens au départ : « son approche inspirée de la paternité gay utilise Federal Express et des récipients de nitrogène liquide, afin d’unir du sperme israélien avec des ovocytes US et des ventres à louer en Inde ». C’est très exactement un commerce triangulaire, avec d’ailleurs une branche sur un quatrième continent, l’Afrique du Sud, qui fournit des ventres appréciés pour leur coût défiant toute concurrence, même en comptant les frais de transport, car on les fait venir en Inde le temps de la grossesse. C’est un « chef d’orchestre dont la baguette soulève des milliers d’autres gens dans une puissante harmonie, pour la réalisation de son rêve, changer le monde ».

Pour bien comprendre l’aspect spirituel de son combat, il  faut le rattacher à celui de Gilad Japhet, créateur israélien de la firme MyHeritage, qui fait de la recherche généalogique pour les juifs : « nous avons besoin d’identifier nos ancêtres et d’indemniser (sic) notre succession ("identify and indemnify »). Et là où il y a un besoin, il y a des uberpreneurs », dit l’ouvrage qui regroupe les louanges à tous ces phénoménaux inventeurs de concepts, passionnés par leur projet de « faire des heureux ». A eux deux, ils fabriquent les prochaines générations de juifs « à indemniser » dans le monde entier ; et le taux de natalité israélien est désormais de 3 par femme (ou homme se déclarant le parent principal), cas unique parmi les pays développés,  tandis que le taux de natalité des pays arabes tout autour chute, à moins de 3, 1,5 même, pour le Liban ! Comme le dit la Tribune de Genève, la question  d’un Etat palestinien ne se pose plus vraiment, l’annexion règlera  les problèmes israéliens  http://www.tdg.ch/monde/Le-boom-demographique-israelien-change-la-donne-au-ProcheOrient/story/11656477 ..

Concrètement, Japhet vend des tests ADN ; en 2012 il a levé un capital de 25 millions de dollars et acheté Geni, la « mafia de PayPal » qui lui faisait concurrence. Quant à Mamet, il a su s’introduire dans l’industrie indienne du tourisme médical, avec la maîtrise des ARTs (Assisted Reproductive Technologies »), pour « offrir aux Occidentaux  des soins médicaux du premier monde à des prix du tiers monde », en s’alliant un temps avec le Dr Nayana Patel, qui régentait entre 2006 et 2014 350 engrossées jetables, au  sein d’un « marché estimé à 400 ou 500 millions de dollars par an, et qui, depuis la mise au point de la FIV, a déjà fabriqué 4 millions de bébés, soit 5% des naissances dans certains pays développés ». Il y a des bébés en déshérence, quand les commanditaires divorcent et n’en veulent plus (avis aux amateurs de soldes), mais ce n’est qu’une étape  provisoire, la mise au point prochaine de la greffe d’utérus devrait permettre de surmonter les limites de la GPA, dit Nayana Patel.

En Israël, injonctions bibliques (« Croissez et multipliez ») se conjuguent avec une ambitieuse politique nataliste d’Etat : c’est le premier pays à avoir légalisé la GPA, en 1996, l’adoption pour les couples gays en 2008; l'Etat juif a maintenant légalisé la GPA aussi pour homosexuels en couple ou célibataires, et la fécondité atteint maintenant des  taux très satisfaisants. Au départ, une bouleversante histoire d’amour : Doron Mamet et son partenaire ont mélangé leurs spermes pour se payer (140.000 dollars) une première petite fille. Dans la foulée Doron a créé l’agence Tammuz International Surrogacy, et déclarait en 2013 : « l’industrie de la GPA en Inde est basée principalement sur la demande de couples de même sexe et célibataires. Les cliniques, qui brassent des millions, n’acceptent pas facilement les contraintes bureaucratiques qu’on veut leur imposer. » Les « contraintes bureaucratiques », ce sont les législations nationales dans chaque pays, qui occasionnent de lourds frais d’avocat ; mais on arrive toujours à faire reconnaître la nationalité et la pleine parentalité des acheteurs, pour les produits, grâce aux bons offices du réseau Tammuz, qui bien entendu, ne se limite pas à la clientèle juive. Aucun Uberpreneur ne conçoit de limite à son expansion à ce jour… A ce jour, pourtant, après la Thaïlande, l’Inde et le Népal ne veulent plus entendre parler de GPA pour les étrangers, ni le Mexique pour les "victimes de stérilité sociale", comme ils disent … et l’Europe commence à comprendre aussi où les agents de Doron Mamet veulent en venir.

Voilà ce qu’on apprend à parcourir l’ouvrage Uberpreneurs, How to Create Innovative Global Business and Transform Human Societies, par Peter Andrews et Fiona Wood, palgrave macmillan éd. , 2014. Il donne tout son relief au film Bébés en Kit (Google Baby), conçu comme le grand œuvre de promotion de Tammuz International Surrogacy, matrice de toutes les agences qui vous démarchent tranquillement sur internet ; c’est  un film sorti en 2009, projeté une fois sur Arte, et encore trop peu visionné, à en croire les chiffres affichés par youtube : https://youtu.be/CHj21kk1I18 .

COMMENTAIRES

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire