La vague de réfugiés, quelle est la vraie cible, par Israël Adam Shamir

Publié le 16/09/2015

  • La vague de réfugiés, quelle est la vraie cible, par Israël Adam Shamir

La vague de réfugiés est en marche. La vraie cible de l’offensive anglo-américaine est l’Europe, trop prospère et égalitaire pour l’Empire des Râpe-tout.

En Marche

par Israël Shamir 

Au début de l’automne, quand mûrissent les grenades, j’aime aller visiter les ruines du village palestinien - détruit - de Saffuriéh. Ce village, qui a vu naître la mère de la Vierge Marie, conserve son église Sainte-Anne, bâtie par les Croisés. Il y a deux mille ans, c’était une ville importante, nommée Sephoris : elle avait refusé de se plier aux Zélotes juifs, demeurant loyale à l’Empire romain. Elle offrit un refuge confortable à l’homme qui a réinventé le judaïsme après son effondrement, le rabbin Judah le Prince, ainsi qu’à de nombreux sages chrétiens et nobles romains. Le village qui lui avait succédé traversa les vicissitudes de l’histoire, jusqu’au raid de l’armée israélienne, en 1948, qui entraîna sa destruction. Ses habitants perdirent tous leurs biens et se retrouvèrent dans des camps de réfugiés ou à la périphérie de Nazareth, toute proche. Les vergers du village détruit ont survécu, blottis dans les vallées, produisant chaque année des grenades plantureuses, lourdes, les branches pliant sous leur poids, grenades qui finissent par éclater sur l’arbre, car il n’y a plus personne pour les cueillir. Les habitants de la colonie juive construite près des ruines de Saffuriéh se moquent comme de leur première chemise des grenadiers et des paysans qui les ont plantés. Dans ce royaume de désolation, au milieu des arbres croulant sous les fruits rubiconds, on peut trouver aussi une mosaïque romaine à la facture parfaite, à tel point qu’on l’appelle la Mona Lisa de Galilée. Ses myriades de petits carreaux vernissés, aux nuances infiniment variées, composent un visage altier, au nez droit, une coiffure sophistiquée et des lèvres charnues, le tout encadré par des feuilles d’acanthe.  

Cette mosaïque me rappelle, chaque fois que je la contemple, la beauté de notre monde, ce délicieux puzzle de petites villes, de prairies verdoyantes, de mégapoles complexes, de châteaux et de villas, de rivières et de fleuves, d’églises et de mosquées : chaque tesselle de cette mosaïque est belle, précieuse et parfaite. J’en ai vu des quantités et toutes me plaisent. Les îlots rocheux émergeant à peine de la transparence de la mer baltique, d’où des petits blondinets font des signes de la main aux bateaux quittant la jetée. La France Profonde de Conque, un minuscule hameau du Massif Central, sur le vieux chemin du pèlerinage à Saint-Jacques de Compostelle, avec son petit ruisseau qui babille en contournant la colline, ses toits de lauze, ses rues pavées il y a mille ans. Les églises russes, aux dômes tarabiscotés, s’élevant à la verticale des herbes hautes qui longent la rivière Oka, et au pied desquelles des jeunes filles, dans leurs châles fleuris, écoutent un choeur. Les belles voix des jeunes femmes de Suzhou, auxquelles répond l’écho de la cour de la pagode, parmi un lacis de canaux comme on n’en voit qu’en Chine du sud. Les maisons baroques des cigariers de Trinidad, et la prestance des Cubains qui dansent dans ses rues. Les corps oeuvres-d’art, recouverts de tatouages, des Masai, autour d’un feu, dans la savane du Serengeti. Ce monde est magnifique, et les peuples qui l’habitent sont bons.

Cette fresque magnifique et complexe est menacée par les hostilités annoncées, car cette Troisième Guerre Mondiale n’est pas seulement dirigée contre le Tiers-Monde. Cette guerre a commencé bien avant que la première bombe soit tombée sur le sol rocailleux de l’Afghanistan. Un million de nouveaux réfugiés sont sur les routes, créant un grand désordre et déstabilisant l’Asie. Aucun doute à avoir : tôt ou tard, la vague des réfugiés atteindra l’Europe. Des centaines de milliers de réfugiés sont d’ores et déjà en marche en direction de l’Europe, de la Russie, ainsi que des pays plus ou moins stables de l’Asie centrale. Il faut les comprendre : les Etats-Unis ayant menacé d’utiliser le cas échéant les armes nucléaires contre ses pauvres maisons, la population civile n’a pas d’autre choix que de fuir les zones potentiellement visées. Aucun contrôle à la frontière ne pourra jamais contenir leur poussée anarchique. Le Pakistan sera aux premières loges, mais il ne sera en aucun cas le dernier. Les Américains et les Anglais ayant prévu de transformer leur Croisade initiale en une longue guerre “contre le terrorisme”, il y aura de plus en plus de réfugiés, jusqu’à ce que, finalement, le tissu social de l’Europe, très fragile, se déchire et finisse par être détruit. L’Europe sera envahie, comme l’Empire romain en son temps, et elle sera confrontée à un choix cornélien, affreux : instaurer un régime d’apartheid et de discrimination, ou perdre son identité.

L’Europe est-elle vouée à être la victime collatérale de la furie américaine, comme le badaud innocent, pris au milieu d’un échange de tirs dans la grand’rue, entre le saloon et le bureau du télégraphe, comme on le voit dans les westerns ? Pour ma part, je considère que l’Europe est plutôt la cible désignée de l’offensive, non seulement annoncé : entamée.

Ce n’est certainement pas ce que le Monsieur tout-le-monde souhaite, aux Etats-Unis, mais on ne lui demande pas son avis. Les nouvelles élites gouvernementales américaines, ainsi que leurs partenaires et leurs voyageurs de commerce outre-atlantique, ont inscrit la destruction d’une Europe par trop prospère, indépendante et cohérente, à leur ordre du jour. Ce désir a une raison concrète, de court terme : l’Europe est un concurrent dangereux, pour l’Amérique, elle est trop indépendante, elle a même osé mettre sur pied une monnaie unique qui pourrait évincer le dollar. L’Europe prône une politique plus équilibrée en Palestine. L’Europe est trop égalitaire : à New York, j’ai vu un garçon d’ascenseur, un immigré du Panama pays martyrisé par vous devinez qui : ce liftier vit en permanence dans son  ascenseur : il y habite, il y couche... Vous ne verrez jamais une chose pareille en Europe, pour la bonne raison que l’Europe n’a pas encore été mammonisée.

II

La nouvelle élite des décideurs n’a pas grand-chose à faire du Christ ou de Mahomet, certes, mais leur dévotion éperdue s’adresse à une autre divinité ancienne : Mammon. Cet antique dieu de l’Avidité était adoré, avant tous les autres, par les Pharisiens, voilà deux millénaires, comme nous l’apprend l’Evangile. Jésus leur dit : “vous ne pouvez à la fois servir Dieu et Mammon”. Mais les Pharisiens se moquèrent de lui, parce qu’ils adoraient l’argent. [1] Cette foi antique tomba dans l’oubli. L’adoration de Mammon est connue sous le terme d’Avarice, l’un des sept péchés capitaux, réprouvés par les sociétés tant chrétienne que musulmane.

Mais elle n’a pas complètement disparu. Deux mille ans plus tard, le petit-fils du rabbin Trier, un certain Karl Marx, en arriva à la déduction révolutionnaire suivante : la foi de Mammon, cette “religion des Juifs pour les jours de semaine” - ce sont ses propres mots - est devenue la véritable religion des élites américaines. Marx cite, en l’approuvant, un certain colonel Hamilton : “Mammon est l’idole des Yankees, ils ne l’adorent pas simplement en paroles, mais aussi de toutes les forces de leur corps et de leur âme. A leurs yeux, la terre n’est qu’une immense bourse des valeurs et ils sont persuadés que leur unique mission sur la Terre est de devenir plus riche que leur voisin.” Marx conclut : “Là où la domination effective de la mentalité juive sur le monde chrétien a achevé son expansion, totale et éclatante, c’est en Amérique du Nord.”

La mentalité juive victorieuse, pour Marx, est basée sur l’”appât du gain et l’égoïsme, son credo, c’est les affaires ; son dieu : l’Argent.” [2] Ces propos, comme bien d’autres idées de Karl Marx, sont connus, mais leur signification spirituelle profonde n’a jamais été perçue à sa juste mesure. Pour une raison bien simple : jusqu’à nos jours, les caractéristiques religieuses de la foi en l’Accaparement étaient inexprimées, et ses adeptes auraient pu passer pour des capitalistes “normaux”, soucieux de leur intérêts propres bien sentis tout en oeuvrant au bien commun (on dirait aujourd’hui : à l’intérêt général), tels qu’Adam Smith nous en avait dressé le portrait...

Les choses ont changé depuis l’avènement du ‘néolibéralisme’. Les conférences de Milton Friedman ont été en quelque sorte l’occasion du “coming out” des Mammonites, adeptes de la nouvelle/vieille croyance. Ils diffèrent des avares du commun en cela qu’ils élèvent l’Avidité au niveau d’un Dieu jaloux qui ne saurait souffrir qu’on lui associât des collègues. L’homme riche traditionnel n’aurait pour rien au monde rêvé de détruire sa propre société. Il se souciait de son pays et de sa communauté. Il ambitionnait d’être le premier parmi les siens. Il se considérait comme un “meneur d’hommes”, comme un “bon pasteur”. Certes, les bergers, eux aussi, mangent parfois du mouton, mais ils n’iraient jamais vendre le troupeau tout entier au boucher pour la seule raison que la cotation est bonne.

Les Mammonites voient dans de telles billevesées une trahison de Mammon. Comme l’a écrit Robert McChesney, dans son introduction à l’ouvrage de Noam Chomsky “Le Profit, avant le Peuple” [3] : “ils exigent une croyance absolue dans l’infaillibilité du marché dérèglementé”. En d’autres termes, une foi faite d’égoïsme et d’avidité illimités. Ils sont totalement exempts de toute compassion pour les gens au milieu desquels ils vivent, ils ne considèrent pas appartenir à la “même espèce” que les gens du coin. S’ils pouvaient éliminer les gens du coin pour les remplacer par des immigrés indigents, afin d’optimiser leurs profits, ils le feraient, comme l’ont fait leurs coreligionnaires, en Palestine.

Les Mammonites n’ont rien à cirer des Américains, mais ils les utilisent comme instruments afin de parfaire leur domination du monde. Leur idéal de ce monde est archaïque ou futuriste : ils rêvent d’un monde partagé entre esclaves et maîtres. Afin de le réaliser, les Mammonites font tout ce qu’ils peuvent afin de détruire la cohésion des unités sociales et nationales.

Tant que les gens restent sur leur terre, parlent leur langue, vivent parmi leurs semblables, boivent l’eau de leurs rivières, pratiquent et prient dans leurs églises et leurs mosquées, ils ne sauraient être réduits en esclavage. Mais dès lors que leurs pays sont submergés par des masses de réfugiés, leur structure sociale s’effondre. Ils perdent leur plus grand privilège : le sentiment d’avoir quelque chose en commun, le sentiment de fraternité. Dès lors, ils deviennent une proie facile, pour les adorateurs de Mammon.

III

Les Afghans sont un peuple magnifique, obstiné, indépendant, autonome. Ils ont été forgés par leurs montagnes et, comme tous les peuples montagnards, ils sont plutôt têtus et conservateurs. La peur des bombes américaines pourrait bien les chasser jusque dans les polders de Hollande et dans les villes de France, et ils pourraient bien changer, sans le vouloir mais néanmoins de manière irréversible, les pays où ils pénétreraient. Ce processus est en cours depuis déjà pas mal de temps. Les politiques générales des Mammonites ayant pour effet de vampiriser les pays du Tiers-monde, de ponctionner leurs ressources naturelles et leurs revenus, de soutenir les gouvernants corrompus et collaborateurs dont ils sont affligés, de détruire leur nature... : des gens toujours plus nombreux sont contraints à rejoindre le flot des réfugiés en direction de l’Europe et des Etats-Unis.

La menace est déjà ressentie, en Europe. Oriana Fallaci, une journaliste italienne de renom, a publié dans le journal à grand tirage de Milan, Il Corriere della Sera, un article déplorant le sort de l’Europe submergée par les “hordes musulmanes”. Elle voit les immigrés de la même manière qu’un courtisan de Romulus, à Ravenne, considérait les guerriers Goths. Oriana écrit que “les Musulmans somaliens ont défiguré, rempli d’excréments et outragé la place principale de ma ville, durant plus de trois mois”, que “quelques enfants d’Allah ont pissé sur les murs de la Cathédrale, qu’ils ont des matelas, sous des tentes, pour dormir et forniquer, qu’ils ont empesté la place avec l’odeur et la fumée de leur cuisine”. Oriana poursuit, déplorant que Florence “autrefois, capitale de l’art, de la culture et de la beauté” soit “blessée et humiliée par des Albanais, des Soudanais, des Bengalis, des Tunisiens, des Algériens, des Pakistanais et des Nigérians arrogants, qui vendent de la drogue et relèvent les compteurs des filles qu’ils mettent sur le trottoir”. Elle en appelle à une Croisade emmenée par les Américains et avertit : “Si l’Amérique tombe, l’Europe tombera (...) Au lieu des cloches des églises, nous aurons les muezzins, au lieu des mini-jupes, nous aurons les tchadors, au lieu du cognac, nous aurons le lait de chamelle”.

Au lieu de perdre notre temps à critiquer son style, arrêtons-nous un instant aux défauts de sa logique. Madame Fallaci, journaliste qui a pourtant de la bouteille, voit en l’Amérique une possible protection, et non la source des nuisances qu’elle même - et Florence - ont à subir. Ce qui devrait lui faire peur, c’est bien la victoire - et non la chute - de l’Amérique. Si l’Amérique emporte la victoire, dans sa guerre contre l’Afghanistan, le cauchemar d’Oriana risque fort de devenir réalité.

Elle ne veut pas admettre que les réfugiés et les immigrants affluent en Italie parce que leurs pays ont été dévastés par les Etats-Unis et leurs alliés. Elle ne verrait pas les Albanais à Florence si l’OTAN n’avait pas ravagé les Balkans. Elle n’y verrait pas de Soudanais, si Clinton s’était abstenu de bombarder le Soudan. Elle n’y verrait pas de Somaliens, si les Somaliens n’avaient pas été ruinés par la colonisation italienne et l’intervention américaine. Ni elle, ni l’Amérique ne verraient chez eux un seul immigré palestinien, si les paysans de Saffuriyéh pouvaient encore bichonner leurs vergers de grenadiers.

Personne - ce qui s’appelle “personne” - n’irait abandonner son propre pays, avec sa nature unique, son mode de vie, ses amis et parents, ses lieux saints et les tombeaux de ses aïeuls, pour le plaisir douteux que doit procurer le fait de camper aux pieds d’une vénérable cathédrale italienne. Tout comme les canetons ont l’instinct de suivre la mère-cane, les humains sont nés pour aimer leur terre natale. Le jeune Télémaque compare son île rocheuse et chiche avec les grasses prairies et les champs luxuriants de Lacédémone, disant à son hôte : “nous avons presque plus de fourrage, et pourtant, je préfère nos montagnes, avec leurs chèvres, à toutes vos prairies et à vos superbes chevaux” [5]. Les gens émigrent quand leurs terres sont ruinées Les Irlandais n’auraient jamais abandonné les vertes prairies d’Erin pour émigrer à Chicago, n’eût été l’application du gouvernement anglais à les faire mourir de faim. Mes compatriotes russes ne viendraient pas occuper la Palestine si la Russie n’était pas ruinée par les forces pro-américaines des Yeltsin, Tchubaïs et consorts...

Pour les habitants des pays d’accueil, la vague d’immigrants représente au mieux une nuisance, au pire un désastre. Ce n’est pas de leur faute. C’est une question de nombre. Carlos Castaneda est allé vivre dans une tribu indienne, et il a appris auprès des Indiens énormément de choses. Je suis certain que la tribu indienne a aussi bénéficié, de son côté, du passage chez elle de Carlos Castaneda. Maintenant, imaginez que mille gars et nanas merveilleux de Yale et de Berkeley aillent faire un stage dans cette tribu indienne. La tribu disparaîtrait, incapable de maintenir ses us et coutumes. Alors qu’un individu immigré sera toujours accueilli à bras ouvert, ajoutant quelque variété à la société, l’immigration de masse ne peut être que mauvaise.

Que les immigrants y viennent en envahisseurs, en conquérants, ou en tant que réfugiés, la société qui doit les inclure reçoit un choc. S’ils sont intelligents, ils évincent les gens du cru de situations sociales intéressantes et prestigieuses, et ils créent de surcroît leur propre sous-culture. S’ils sont violents, ils peuvent s’emparer du pays par d’autres moyens. S’ils sont humbles et effacés, ils causeront une chute du coût de la main-d’oeuvre, c’est-à-dire des salaires. Voilà pourquoi, ordinairement, les immigrés ne sont pas aimés.

Un de mes amis, excellent homme, Miguel Martinez, qui a attiré l’attention du public anglophone sur l’article d’Oriana Fallaci, a été horrifié, à juste titre, par son racisme. Il a raison : Madame Fallaci s’exprime dans son article comme une raciste, comme Ann Coulter, cette pourfendeuse de “basanés patibulaires”. Mais certaines vérités, dans son propos, ont échappé à Miguel Martinez. Un homme dont le jardin a été dévasté par les bisons ne voit pas le chasseur qui fait fuir les troupeaux de bisons devant lui, et il s’en prend aux animaux innocents. Il a tort. C’est le chasseur qui est blâmable. Mais cela ne signifie pas pour autant que les bisons n’ont pas bousillé le jardin. Il en va de même pour l’immigration de masse : elle est douloureuse, pour l’immigré et pour les habitants du pays hôte, à égalité.

Mais les adorateurs de Mammon n’en souffrent pas, loin de là. Ils aiment l’immigration, car elle abaisse le coût du travail. Une des publications-phares des Mammonites est l’hebdomadaire britannique The Economist. Ses dirigeants ont appelé, il y a quelques semaines, c’était avant le nouveau “Pearl Harbour”, à accélérer la venue d’immigrants en provenance de pays du tiers-monde. Les gens les plus dynamiques et les plus qualifiés d’Afrique, d’Asie et d’Amérique du Sud seraient très utiles à la Grande-Bretagne, à l’Europe, aux Etats-Unis, écrivait The Economist. Cela ferait baisser les salaires des ouvriers européens et augmenterait les profits des chefs d’entreprises. Autre gain induit, non négligeable : la fuite des éléments dynamiques affaiblirait les sociétés “exportatrices” d’immigrés, faisant de ces dernières des proies faciles pour les OPA hostiles. Il s’agit là d’une version revue et améliorée du commerce des esclaves : en effet, que rêver de plus : des esclaves faisant la compète entre eux pour s’embarquer dans la galère ? Naturellement, la condition première de ce recrutement n’était pas écrite en toutes lettres dans l’éditorial : les pays du Tiers-Monde devront, au préalable, être dévastés, et ruinés.

Les Mammonites ont besoin d’immigrés dans leur propre intérêt, aussi. Une société cohérente et saine rejette les avaricieux instinctivement, l’avidité étant une tendance socialement désintégratrice. Dans une société saine, les Mammonites seraient et resteraient à jamais des parias. L’immigration a l’immense avantage de détruire la cohésion de la société-hôte. Les Mammonites n’aiment pas que la société où ils vivent soit cohérente, ils la préfèrent délayée et déliquescente, cela leur permet de l’avaler cul-sec plus facilement. C’est pourquoi les Mammonites sont favorables à l’immigration. Les immigrants les considèrent comme leurs alliés naturels, incapables qu’ils sont de comprendre que les Mammonites les aiment comme le vampire aime le sang frais. C’est à cause de ce manque d’intelligence des faits que les immigrés soutiennent de leurs votes le pouvoir mammonite de Tony Blair et des Démocrates américains qui tiennent la municipalité de New York. C’est sur les Mammonites qu’Oriana Fallaci devrait tomber à bras raccourcis, et non pas sur les innocents immigrés des rues et places des villes européennes.

IV

Une sénatrice mammonite de Californie, Diane Feinstein, importe de plus en plus de Mexicains pauvres dans son Etat. Ils votent pour elle, se tiennent à l’écart de la politique durant de nombreuses années, sont d’accord pour travailler pour des salaires moindres, ils sapent les instances syndicales. Les Californiens ordinaires vivent moins bien, mais elle s’en fout comme de l’an quarante. Certains la considèrent sioniste, tant elle soutient Israël.

Toutefois, il serait erroné de la qualifier de sioniste. Historiquement, les sionistes pensaient que l’homme a besoin de racines. Ils considéraient la facilité qu’ont les Juifs à se déplacer comme le signe d’un manque. Ils voulaient donner aux Juifs déracinés des racines en Terre Sainte. Mais les Mammonites ne comprennent pas ceux qui ont besoin de racines. Il veulent déraciner absolument tout le monde. Les sionistes pensaient que le mode de vie des Mammonites est à rejeter. Les Mammonites de tout poil adoptaient un mode de vie honni par les sionistes.

Mais les sionistes se gouraient gravement en ne comprenant pas que, sans les Palestiniens, ils ne parviendraient jamais à s’enraciner dans la terre de Palestine. Ils avaient même en quelque sorte doublement tort, parce qu’une personne d’origine juive peut s’enraciner partout, en Palestine comme ailleurs. Un Juif peut devenir un Américain, un Anglais, un Russe, tout autant qu’un Palestinien. Cela exige une capacité à s’identifier à ses concitoyens, un intérêt suprême pour son pays. Tout pays est, en effet, une Terre promise pour quiconque l’aime. Ceux qui contraignent l’Amérique à envoyer des millions de dollars à Israël, au lieu de secourir les pauvres en Amérique, ne sont pas loyaux envers l’Amérique. Mais ils ne sont pas loyaux envers Israël non plus. Ils admirent en Israël le modèle de leur propre monde.

Beaucoup de gens de bien réprouvent le sionisme parce qu’il a causé la destruction massive de l’aimable terre de Palestine, en déracinant les Palestiniens. Mais le sionisme est une maladie locale. Son grand frère, la mammonite, est une peste mondiale qui veut faire du monde un “Israël Géant”, avec des centres commerciaux d’une laideur repoussante et des villages détruits, des colonies pour les privilégiés et beaucoup, beaucoup, le plus possible, de réfugiés, comme main-d’oeuvre au rabais. Les sionistes ont détruit la nature, en Palestine. Les Mammonites ruinent l’environnement à l’échelle planétaire. Les sionistes ont déraciné les Palestiniens. Les Mammonites ne rêvent qu’à une chose : déraciner tout le monde.

Les sionistes combattent le Christ. Dans l’Israël d’aujourd’hui, Saint Paul et Saint Pierre seraient emprisonnés pour prosélytisme. Les Mammonites combattent toute foi, toute conviction, le Christ, Mahomet, le nationalisme, le communisme... Les ennemis du sionisme espèrent que les Mammonites vont finir par contrôler un peu les sionistes, ils pensent qu’une trop grande liberté de décision laissée aux sionistes pourrait être de nature à constituer un obstacle à la réalisation des projets d’ampleur mondiale des Mammonites. Mais je vais vous dire une chose : si Dieu tolère les excès des sionistes, c’est pour vous donner un aperçu de ce que les Mammonites vous préparent...

V

Ce n’est pas là le cri d’un gauchiste bon teint. Nous pouvons vivre tout en ayant des gens riches dans nos sociétés, nous pouvons survivre à côté de certains privilèges. Tant la gauche que la droite sont bonnes et nécessaires à la société, comme nous avons besoin de notre jambe droite et de notre jambe gauche pour nous tenir debout. Imaginez une prairie, dans les collines de Jérusalem, au printemps. C’est un tapis magique de milliers de fleurs colorées, qui vous invitent à vous asseoir parmi elles. Si tout le monde y marche dessus, il n’y aura plus de fleurs. Si on l’entoure de barrières, personne ne pourra en profiter. Ces deux tendances : accessibilité et préservation, sont les deux lignes de force de la gauche et de la droite. Leur combinaison correcte permet à un maximum de gens de profiter de la prairie fleurie.

La droite est la force conservatrice, qui préserve le pouvoir des élites traditionnelles. Ses tenants sauvent le paysage, protègent la nature, perpétuent les traditions. La gauche est une force motrice de la société, la garantie de son caractère vivant, de sa capacité au changement, de la mobilité sociale. Sans sa gauche, la société pourrirait, sans sa droite, elle s’écroulerait. La gauche assure le mouvement, la droite garantit la stabilité. Mais les Mammonites créent, pour leurs objectifs propres, une pseudo-gauche et une pseudo-droite, en utilisant les erreurs des droite et gauche authentiques.

L’une des fautes de la “vraie” droite européenne fut son manque de compassion et ses tendances au racisme. Le réflexe de ses partisans était exact : les immigrés déstabilisent la société. Mais ce n’est certainement pas parce que les immigrés sont des mauvaises gens, comme le prétendent les racistes. Les immigrés peuvent être des types super, ils n’en poseront pas moins des problèmes. Les Hollandais sont allés en Indonésie, et ils y ont rendu la vie cauchemardesque, et pour un fameux moment. Ils ont gravement détruit l’Indonésie. Des Indonésiens ont immigré en Hollande, y ont créé des tas de problèmes en retour. Les Anglais ont dévasté l’Amérique dans les grandes largeurs : ils ont exterminé les indigènes, rien que ça... Le processus colonial conduit le plus souvent à un bousillage mutuel : les British ont dépouillé l’Irlande, et les Irlandais leur ont bien rendu la monnaie de leur pièce...

Le racisme est une aberration, qui prétend que certains groupes humains sont intrinsèquement meilleurs ou moins bons que d’autres. Tout le monde, absolument tout le monde est merveilleux : les Zoulous et les Britanniques, les Russes et les Tchétchènes, les Palestiniens et les Français, les Pakistanais et les Turcs, tant qu’ils sont chez eux. Chez les autres, ces bonnes gens deviennent une plaie. Aux jours de l’impérialisme et de l’expansion coloniale européenne, les théories racistes étaient nécessaires afin de justifier le transfert humain à sens unique qui en était la traduction sur le terrain. Sans racisme, il aurait été impossible d’exterminer les indigènes, de leur voler leurs biens, d’interdire leurs industries, de créer d’énormes propriétés foncières et de priver des peuples entiers de leurs droits humains fondamentaux. Mais aujourd’hui, on n’a plus besoin du racisme. Maintenant que l’aventure coloniale de l’Europe est terminée, la théorie du racisme, inacceptable moralement et scientifiquement erronée doit être remisée au placard.

Une vraie gauche se devrait de défendre les intérêts des classes pauvres, ce qui implique : s’opposer à l’immigration de masse. Mais, sous l’influence des sectateurs de Mammon, la gauche socio-libérale apporte son soutien à l’immigration sous prétexte de compassion. Les Mammonites, ordinairement exempts de toute compassion, détournent ce raisonnement humanitariste à leur propre profit : les couches laborieuses européennes et américaines sont aliénées par la gauche libérale. Pour les travailleurs, la nature dangereuse de l’immigration est évidente. Les immigrants vivent dans le voisinage des travailleurs locaux, et ceux-ci souffrent de leur concurrence sur le marché du travail. Ainsi, ils sont pour ainsi dire forcés à rejoindre l’extrême droite raciste.

Il y a pourtant une bonne façon de sortir de l’impasse. Une issue bonne pour tout le monde, à l’exception notable des Mammonites. Il faut arrêter l’immigration et ouvrir un compte permettant de transférer des fonds vers le Tiers Monde. L’Afrique et la Suède devraient avoir le même revenu. Les prélèvements fiscaux devraient s’écouler jusqu’aux Indiens d’Amazonie et jusqu’aux paysans d’Afghanistan. Il n’y aurait pas autant de Pakistanais immigrés en Angleterre s’ils pouvaient avoir le même (ou pratiquement le même) revenu chez eux, au Pakistan. L’Union européenne en apporte la démonstration : bien que les Suédois gagnent mieux leur vie que les Portugais, les Grecs et les Italiens, la différence n’est pas tellement grande, et ces pays connaissent la paix, aussi n’y a-t-il que très peu d’immigration (européenne) en Suède ou en Allemagne.

Compassion, dites-vous ? La vraie compassion chrétienne vous dit de permettre aux gens de vivre chez eux, dans leur pays, sous leur tonnelle de vigne et leur figuier, aussi bien que vous vivez chez vous. Bien sûr, vous n’auriez plus de femme de ménage à peu de frais, mais vous vivriez dans un pays plus propre et plus généreux. Ce ne serait que justice, puisque l’Europe et les Etats-Unis ont vampirisé, pendant des siècles, les richesses du Sud et de l’Est.

Le sort de l’immigrant est bien triste. En fait, l’immigration est un exil, pire situation pour un être humain. Ovide l’a crié sur les rives de la Moldavie, et le prince Genji l’a déploré dans le Suma. Mon ami palestinien, Musa, avait amené son frère aîné, du village d’Abboud à sa nouvelle maison, dans le Vermont : cet homme d’âge mûr se mit à construire des terrasses, telles qu’on en voit s’étager sur les pentes des collines de la Samarie. Cela montre bien à quel point nous sommes partie intégrante du paysage, nous appartenons à nos montagnes, à nos vallées. Maintenant qu’on les agresse, aux Etats-Unis, il est vraisemblable que nombreux sont les immigrés à penser aux maisons qu’ils ont été contraints à quitter.

Bien que je pense que l’immigration devrait être arrêtée et remplacée par des transferts d’allocations aux régions les plus pauvres jusqu’à ce que les revenus s’égalisent, les immigrés qui sont déjà là sont vraisemblablement venus pour rester. Ils pourraient devenir des natifs : des Allemands en Allemagne, des Français en France, des Américains en Amérique, des Palestiniens en Palestine. Les ancêtres des Européens et des Américains avaient migré, eux aussi, et ils avaient adopté d’autres genres de vie. Les tribus germaniques des Francs ont envahi la Gaule celtique romanisée, formant, avec l’ancestrale population de celle-ci, la France moderne. Des descendants des Croisés européens vivent encore dans le village de Sinjil, dont le nom conserve le nom glorieux du commandant provençal Raymond de Saint Gilles, mais ils sont aujourd’hui Palestiniens jusqu’au bout du keffieh et ils sont aussi assiégés par les Israéliens que tous les autres. Il en va de même pour ces Géorgiens amenés, il y a huit siècles, dans le village de Malcha, dans la région de Jérusalem, par ordre de la Reine Tamar. Ils sont devenus palestiniens, et des Palestiniens ils ont partagé le sort, lorsqu’ils furent expulsés de leurs maisons par les envahisseurs sionistes, en 1948.

Les êtres humains sont éminemment adaptables et, si les immigrés aiment leur nouveau pays, ils s’indigénisent. Je le sais de première main : né en Sibérie, j’ai choisi de devenir palestinien.

VI

WW III (la Troisième Guerre Mondiale) est une guerre contre la diversité en tant que telle. Elle a été entreprise par les adeptes de l’Avidité. Ils détestent la délicieuse mosaïque que forment les ethnies et les cultures, ils veulent à toute force homogénéiser le monde. Ils ont un motif pratique à cela : il est beaucoup plus facile de vendre des trucs produits en série à une humanité uniformisée. Mais ils ont aussi un autre mobile, moral, celui-là : ils ne veulent pas que les gens jouissent de tant de beauté gratis : c’est pourquoi cette beauté doit être détruite. Ils ont, enfin, une raison religieuse : adorateurs de Mammon, ils pensent que cette pluralité chatoyante est un sacrilège, une offense faite à leur dieu jaloux. Les belles choses du passé sont faites pour être enfermées dans un musée, à l’entrée duquel ils peuvent faire payer un ticket d’accès, une fois le village détruit.

Dans un beau film destiné à un public d’adolescents, L’histoire qui ne finit jamais, le monde multicolore de la planète Fantaisie disparaît dans le néant de Nulle part. C’est la même chose qui arrive à notre monde merveilleux. Des lieux uniques et ancestraux sont rasés et supplantés par des centres commerciaux d’une laideur qui soulève le coeur et la terre brûlée. La gauche et la droite devraient sans tarder unir leurs forces contre le Nulle part qui menace jusqu’à notre existence même.

Notes :

[1] Luc 16, 13-14

[2] Deutch-Franzosische Jahrbucher, 1844

[3] Chomsky, Profit Over People, Seven Stories Press, 1999, page 8

[4] traduction anglaise : Leading Italian Daily Spews Racist Hatred, par Miguel Martinezhttp://www.kelebekler.com Article, en italien : Corriere della Sera, samedi 29 septembre 2001

[5] L’Odyssée, IV

Première publication : http://www.israelshamir.net/French/onthemove.shtml 

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