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Nouveau procès CARLOS: une justice coupable

Publié le 25/03/2018

  • Nouveau procès CARLOS: une justice coupable

Le commandant CARLOS encaisse sa cinquième condamnation à perpétuité, dont deux en appel. La France est le seul pays au monde à l’avoir poursuivi en justice à ce jour, et ce, illégalement.

En 2017, il avait fait appel de sa condamnation pour l’attentat contre le Drugstore St-Germain-des-Prés de 1974. La Cour d’Assises Spéciale vient de le condamner à nouveau, alors que les supposées preuves s’avèrent toutes inconsistantes, et que les manipulations pour aboutir à  ce procès sont criantes.

L’incriminé a refusé d’assister à la dernière journée de son procès, et il a refusé de prendre la parole. Il aurait certainement répété ce qu’il a toujours dit, que la France étant un pays occupé par les sionistes, ses tribunaux ne sont pas libres, etc., ce que nous constatons tous les jours. La férocité dans la vindicte s’est une fois de plus manifestée, par des poursuites 44 ans après les faits, après deux non-lieux, en 1983 et en 1999, et 23 ans d’enfermement succédant à un enlèvement illégal par la CIA, sous Charles Pasqua en 1994, au Soudan

Tout, en droit, devait permettre le rapatriement de CARLOS au Venezuela, son pays[1]. C’est pour éviter d’avoir à se conformer au droit français, européen et international, que des forces politiques puissantes ont inventé le procès de 2017. Les provocations pour que CARLOS puisse régulièrement être re-condamné sous n’importe quel prétexte ne cesseront pas : par exemple, on l’a gardé trois heures et demi les pieds dans l’eau, à la Souricière, ces jours-ci, ce qui a motivé son refus de participer à l’audience finale.

Voici quelques éléments que nous avons retenus des plaidoiries de la défense :

1. Au sujet des témoignages :

- sur la qualité des témoins appelés à la barre, en 2017 et 2018 : quelques personnes âgées, à la mémoire défaillante, s’empêtrant dans les contradictions par rapport à leurs témoignages précédents.

- Un des témoins (Mme Bourgi), « n’y connaît rien », et son mari était déjà au service du pouvoir à l’époque des faits.

M. Klein « ne connaît même pas son texte par cœur », quant à la langue dans laquelle il communiquait avec CARLOS, les dates, et les lieux de leurs rencontres. Il a fait « un mix » de ses déclarations antérieures contradictoires. 

- CARLOS a toujours demandé à être confronté aux nombreux témoins cités lors de l’instruction  de ses procès, mais cela lui a toujours été refusé. 

- Sur 50 témoins, la majorité n’a pas reconnu CARLOS sur les photos comme le lanceur de grenade. Parmi celles-ci, d’ailleurs, il n’y avait que des photos de presse, déjà connues de tous, et aucune photo des autres suspects (Moukharbel et Radoyer). Deux des témoins se trouvaient  à l’étage, ont clairement vu le lanceur de grenade, mais n’ont pas  reconnu CARLOS. 

- 20 ans après les faits, seuls 5 témoins ont été d’accord pour dire qu’ils avaient vu « un homme qui n’était pas noir, et n’avait ni barbe ni moustache », mais aucun n’a désigné la même photo ! Et ils avaient tous subi un matraquage médiatique. M. Bourgi a même inventé avoir vu un enfant de 8 ans la jambe arrachée par l’explosion. M. Osaneski en 1974 n’avait rien vu, mais en 1999 et en 2017 il avait relu les articles de presse sur l’affaire pour « fixer » sa mémoire (sic !) et s’était mis à voir…

 - La Colombienne Amparo Silvia Masmena, amie de CARLOS, s’est embrouillée sur les dates où elle l’avait rencontré ; il lui est arrivé de donner moult  détails techniques sur les grenades, puis après quelques années, elle a avoué : « je n’ai pas pu dire cela », confirmant qu’elle n’était qu’une brave fille incompétente en la matière. 

- Conclusion : la manipulation de « témoins magiques » s’est vue confirmée, depuis le début.

 2. De graves omissions et incohérences

 -  le refus d’examiner d’autres pistes sur les commanditaires et les exécutants (Me. coutant-Peyre).

- des lacunes criantes dans l’enquête officielle (quantité d’indices matériels jamais foukillés ni retrouvés).

- Les objets mis sous scellés ont été détruits après le délai de prescription  réglementaire (10 ans), en conformité avec les conclusions des deux procès, de 1983 et 1999, déclarant l’affaire close. Ceci aurait dû empêcher toute remise en question des éléments matériels, et des  non-lieux prononcés.

 - Aucune enquête n’a jamais eu lieu sur les boîtes vides de grenades soi-disant déposées à la consigne de la gare St Lazare, mentionnées par le témoin Klein.  

 - Deux commissions rogatoires ont été adressées au Japon (pour faire le lien avec la saisie d’armes à Amsterdam, voir ci-dessous); en 2001 puis en 2012, le ministère japonais a refusé de recevoir le juge d’instruction français. L’ancien camarade au sein du FPLP, Haruo Wako, qui a écrit un livre à charge contre CARLOS, n’a rien pu affirmer sur l’attentat du Drugstore.

 - Une piste volontairement oubliée : La police n’a jamais mené d’enquête sur le groupe néo-nazi Charles Martel qui se réunissait à la librairie « Le Furet du Nord », et qui était tout aussi suspect d’avoir commis l’attentat du Drugstore Saint-Germain.

 3. Les médias et la CIA à la manœuvre :

- Le rapport hollandais, après la saisie d’armes détenues par la future Armée Rouge Japonaise (fondée en novembre 1974 à Beyrouth), ne fait pas mention d’une revendication de l’attentat parisien de septembre par le FPLP. Sur le moment, L’AFP non plus n’a fait état d’aucune rumeur concernant CARLOS ou le FPLP.

- Seul parmi tous les organes de presse français et internationaux, un article anonyme dans Le Figaro Magazine paru quatre ans plus tard, en 1979 (voir la reprise de cet article par Jean-Marc Leclerc, dans Le Figaro en 2014)  relie les deux évènements, d’Amsterdam et de Paris.

 - L’OLP avait immédiatement démenti toute implication.

 - La soi-disant déclaration de CARLOS se vantant d’avoir personnellement jeté la grenade est d’origine douteuse, et n’a jamais été authentifiée (le témoin Klein n’a même pas gardé de cohérence à ce sujet, au fil des différents interrogatoires qui se sont succédés depuis 1983).

 - La fausse interview par Al-Watan Al-Arabie, aussitôt dénoncée comme telle, a été démentie aussi par la STASI, selon ses archives auxquelles la presse se raccroche en général, pour tout ce qui peut aggraver les rumeurs contre CARLOS. L’auteur de la fausse interview a pris une balle dans la nuque peu après.

 - Assez vite, la presse française a choisi d’imputer l’attentat à CARLOS parce qu’elle voulait focaliser la passion collective en amplifiant le traumatisme normal après pareil évènement, et en visant la possibilité de psy-op ultérieures,  grâce à des rumeurs installées dans le subconscient des masses. Pour ce faire, elle a bafoué les faits, et si l’on suit l’historique des omissions, omertas et morts suspectes d’authentiques témoins, une cohérence dans le mensonge apparaît.

- Ce choix de CARLOS comme bouc émissaire relève d’un choix politique n’émanant pas directement de la France ; en effet la France avait eu une conduite bien différente en refusant d’extrader le dirigeant palestinien Abou Daoud, responsable de l’attentat de Munich, parce qu’il ne convenait pas à l’Allemagne de faire un procès qui aurait révélé l’asservissement de l’Allemagne à l’OTAN.

- L’objectif médiatique poursuivi relève d’un banal projet israélien : faire retomber sur le FPLP l’accusation de terrorisme, discréditer la résistance palestinienne, écraser un peu plus sous le mépris le peuple palestinien dont le génocide est programmé par les sionistes depuis la partition de la Palestine en 1947, au mépris du droit international, des résolutions de l’ONU, etc.

- En 1974, le groupe secret Gladio mandaté par la CIA  s’employait à manipuler les groupes révolutionnaires en Europe, de façon à supplanter la souveraineté nationale dans chaque pays européen. Un de leurs coups de maître fut l’assassinat d’Aldo Moro, exécuté par les Brigades Rouges, infiltrées à Rome par le Mossad.

- Récemment, en France, on a voulu coller un procès au groupe de Tarnac, un groupe de jeunes relativement rebelles, pour cause de terrorisme, mais la justice a rapidement refusé d’entrer dans ce jeu mal ficelé, et a requalifié les faits.

- la France avait eu une conduite bien différente en refusant d’extrader le dirigeant palestinien Abou Daoud, responsable de l’attentat de Munich, parce qu’il ne convenait pas à l’Allemagne de faire un procès qui aurait révélé l’asservissement de l’Allemagne à l’OTAN.

- CARLOS se retrouve, depuis son enlèvement au Soudan en 1994 le « seul sans-papiers que la France refuse d’expulser » ; et depuis cette première opération, sa détention a déjà coûté plus de 12 millions d’Euros au peuple français.

 - CARLOS a d’abord été maintenu à l’isolement pendant 10 ans, alors que cette mesure disciplinaire doit être exceptionnelle et toujours provisoire. Ce sont ses avocats qui l’ont tiré de là, en menaçant de transférer le dossier à la Cour européenne des Droits de l’homme, et après une demande à Chirac, le 15 août 2002.

 4. Les véritables nouveautés de ce procès :

- Une expertise sur les différents types de grenades : les unes laissées à l’aéroport d’Amsterdam, et celle, fort différente, effectivement lancée au Drugstore. Aspect différent, effet différent (M26 et MK2 respectivement). Contrairement à ce qu’affirme la presse[2], rien ne permet d’affirmer qu’elles provenaient du même lot !

- Les parties civiles parlent de 90 éclats de grenade et de grenades offensives lisses. Or il s’agissait de 90 impacts.  En fait on a retrouvé seulement 17 éclats sur les lieux, dont 10 n’étaient pas identifiables. Les 7 restants proviendraient d’une M 26, a-t-il été publié maintes fois, mais on n’y a pas trouvé d’empreintes digitales, et ils sont désormais détruits. Mais les grenades M 26 avaient un liseré jaune, dont on n’a aucune trace au Drugstore. 1 témoin parle d’une surface en écailles, et d’une tache rouge, ce qui est typique des NK2, défensives, sans rapport avec le lot d'Amsterdam.

 La présidente du Tribunal, avant de délibérer, a rappelé que la Cour d’Assises spéciale n’était pas tenue de répondre aux questions soulevées par les avocats ; elle devait prononcer un jugement en se justifiant seulement par son « intime conviction ».

Mais des avocats turcs étaient présents, et vont témoigner de la conduite honteuse de ce tribunal.

Le journaliste russe Igor "Molotov", initiateur d’une lettre ouverte au président Macron lui recommandant pour des raisons de stratégie internationale de gracier CARLOS, était là aussi, et va témoigner dans son pays de la lâcheté des juges français.

Dieudonné, président du Comité de soutien à Carlos, a consigné par écrit son profond respect pour le condamné.[3]

Oui, c’était encore une fois l’expression de la vengeance sans fin contre un combattant pour les droits des Palestiniens, et pour nos droits à nous tous, peuple étouffé par l’OTAN et ses larbins. Le tribunal aurait pu donner « une leçon de justice », comme dit Me Vuillemin, à l’Etat français. Et une nouvelle fois, le commandant CARLOS a donné l’exemple de l’endurance et de la constance dans la résistance anti-impérialiste et antisioniste.



[1] « Les conventions internationales stipulent en effet qu’un prisonnier étranger condamné de façon définitive doit être transféré dans son pays d’origine. Pour ses avocats, « c’est pour l’empêcher de rejoindre Caracas que la justice française nourrit une procédure éternelle à son encontre et organise un procès dont les faits sont prescrits depuis 1993 » in « CARLOS : le cœur de sa défense », par Stéphanie Marteau http://www.marieclaire.fr/,carlos-le-coeur-de-sa-defense,846508.asp

[2] Un article très complet de L’Express remémore tout ce qui pouvait lier l’affaire des Japonais avec celle du Drugstore : https://www.lexpress.fr/actualite/societe/justice/carlos-ou-l-attentat-oublie_1248822.html

[3] Voir sa préface au volume : CARLOS, un combattant contre l’Empire, éd. Kontrekulture.