Bénis soient Trump et son fanatisme

Publié le 14/03/2016

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Bénis soient Trump et son fanatisme

 par Israël Adam Shamir

Il faudrait être un poisson taré pour se plaindre si quelqu’un disait : « je ne mange jamais de poisson et je n’ai pas l’intention de manger du poisson. » Un poisson extrêmement stupide, même, pour le traiter de fanatique. « Quoi, il ne nous aime pas, nous les poissons ! ». Et pourtant c’est comme pour être à la hauteur du poisson le plus niais que nos amis musulmans donnent de la voix contre Donald Trump.

 

J’ai déjà dit du bien de Mr. Trump. Un de mes amis, musulman radical et Américain, a hurlé sur une liste de diffusion ; « Comment, et ses remarques racistes sur les musulmans qui ressemblent à ce qui se disait des juifs il n’y a pas si longtemps ? Faudra-t-il accepter une chose pareille, sans compter ce qu’il dit, ce malade mental, sur les femmes en surpoids ? Comment laisser passer des choses pareilles ! »

Il faisait allusion à l’idée de Trump d’interdire aux musulmans d’émigrer aux US. C’est vrai que ça sonne mal, et ce n’est pas la première fois qu’on fait des rapprochements  avec les juifs.

Mais je vais vous dire ; si Trump promettait d’interdire aux Russes, et non aux musulmans d’émigrer aux US, ces âmes sensibles applaudiraient vigoureusement au lieu de le traiter de fanatique. S’il renvoyait chez eux tous les Russes qui sont arrivés là-bas depuis 1990, ils créeraient des boulevards et des avenues Donald Trump. Or d'ores et déjà, voilà ce qui se passe :

1) L’émigration vers les US est un vrai problème pour la Russie, et pour toutes les autres nations d’ailleurs. Les spécialistes les mieux éduqués, les médecins et les ingénieurs, les techniciens quittent leur patrie et s’en vont offrir leur précieux capital humain aux US.

2) Pire encore, bien des Russes importants se préparent à partir pour les US, et tout ce qu’ils font en attendant, chez eux, c’est en fonction des intérêts US, au lieu d’agir pour le bien de leur propre pays.

Prenez le cas, par exemple, de M. Andrei Kozyrev, ancien ministre des Affaires étrangères de la Fédération de Russie, devenu un florissant propriétaire en Floride. C’était un prédécesseur du puissant Serguei Lavrov, et un successeur de l’homme de fer Andreï Gromyko, qu’on appelait Mr Niet ; lui ce serait plutôt Mr. Da (« oui », en russe).

Jamais un agent de la CIA rémunéré dans sa position ne serait capable de faire autant de tort à la Russie que M. Kozyrev. C’est lui qui avait amené l’Otan vers l’Est, en direction de la frontière russe. C’est lui qui a retiré l’armée russe d’Allemagne, rompant tout lien. Il disait que les intérêts nationaux de la Russie ne  comptent pas, en regard des droits de l’homme (occidental). Il a  soutenu les sanctions et le tribunal international contre la Serbie, il a mis fin au commerce avec Cuba, il a failli détruire Cuba. Il a bradé son pays, et maintenant il vit aux US et conseille le gouvernement pour faire tomber Poutine et instaurer un « changement de régime ».

 

Ce serait merveilleux, si Mr. Trump déportait M. Kozyrev avec ses compères et le renvoyait dans sa mère patrie. Ce serait une leçon pour les prochains Kozyrev, pour leur apprendre à rester loyaux avec leur pays. Les Russes applaudiraient très fort le fanatisme béni du nouveau président américain.

Ce qui est vrai pour les Russes vaut aussi pour les Musulmans, et pour tout le monde. L’immigration, c’est une façon d’accepter les retournements de veste et le détournement de cerveaux. Un bon médecin musulman s’installe aux US : cela veut dire qu’il travaillait depuis des années, de fait, au profit des Américains.

Tout le monde sait que l’immigration fait du tort aux travailleurs locaux, mais l’immigration est aussi catastrophique pour les pays d’origine. Si j’étais un musulman américain (je ne suis ni l’un ni l’autre), je voterais pour Mr. Trump à cause de sa promesse d’interdire l’immigration musulmane. Si je me faisais du souci pour le  Mexique, je voterais pour Trump, pour sa promesse de construire un mur entre les deux pays. C’est par cette frontière poreuse que les US siphonnent les Mexicains les plus dynamiques.

Bon d’accord, mais alors les juifs ? Eh bien, les US se porteraient bien mieux avec moins d’immigration juive : moins de Nuland et de Kagan, moins de néo-cons, moins de militants de l’AIPAC et d’agents de l’ADL. Vous imaginez les US échappant à l’influence d’Abe Foxman, Hollywood sans les navets holocaustiques, les US sans dévastation de l’Irak, les US sans lobby israélien ? Quel  rêve ! Et il faudrait en rester à la déploration du fanatisme, alors qu’on pourrait viser un  pareil  programme ?

De toute façon, le fanatisme, c’est le nouvel anathème à la mode, dont nos aïeux n’avaient que faire, pour leur plus grand bien. C’est une invention récente. C’est vrai que les vieux colonels anglais, attaqués par le soleil de l’Inde, étaient qualifiés de fanatiques, mais ce n’était pas un épithète qui portait, ce n’était guère plus sérieux que « bouffon ». Les juifs ne sont jamais fanatiques : ils ne permettent même pas aux Palestiniens d’emprunter les mêmes autoroutes que les juifs dans leur Etat juif, mais il ne saurait s’agir de fanatiques, à Dieu ne plaise. Ce qualificatif vaut péché mortel pour les goys seulement, et ce, pour une raison simple : si un goy s’avisait de traiter un musulman ou un noir de fanatique, demain il serait capable de traiter un juif de juif. Que Dieu nous épargne pareille épreuve !

Où est le problème, si on parle de noirs, d’anglos ou de juifs ? Ce sont là des communautés vénérables, anciennes, et qui hélas se désintègrent en ce moment sous l’avalanche des migrations de masse et le saccage néolibéral généralisé. Chacune a donné les meilleurs de ses fils et de ses filles pour le bien commun, tandis que leurs pires éléments essayaient de détourner pour leur propre profit ce qu’ils pouvaient. Il faut être très bête pour monter sur ses grands chevaux chaque fois qu’on entend mentionner sa communauté autrement qu’en termes flatteurs.

J’ai été impressionné par l’hésitation de Trump à conspuer David Duke, l’homme dont la condamnation est de rigueur parce que, il y a quarante ans, il était membre encarté du Ku Klux Klan. Quarante ans, c’est long, mais David Duke est privé de parole à jamais parce qu’il a été un dirigeant du Ku Klux Klan, tandis que Yossi Halevy, qui était membre du gang de Kahane (tout aussi raciste) écrit pour le New Republic.

Amitai Etzioni, professeur honoraire de l’université Geoge Washington, a appelé à la guerre mondiale nucléaire. David Duke n’a jamais atteint ce niveau dans la bestialité, mais il est rayé de la carte alors qu’eux ne le sont point. Trump est vraiment quelqu’un de solide et de courageux, pour avoir hésité une seconde avant de condamner Duke. Après cela, il est capable d’avaler des serpents venimeux et du liquide enflammé.

Trump a dit que les musulmans avaient dansé de joie lors du 11 septembre. Mais ils n’ont pas été les seuls, le monde entier en dehors des US a adoré la chute des Tours jumelles ! Le penseur français Jean Baudrillard avait réagi : « Nous en avions tous envie », disait-il. Voici ce que j’avais écrit à ce moment :

 

 « Les kamikazes pouvaient être pratiquement n’importe qui : des nationalistes américains, des communistes américains, des chrétiens fondamentalistes américains, des anarchistes américains – tous ceux qui rejettent les dieux siamois du dollar et du M-16, tous ceux qui haïssent la bourse des valeurs et les interventions outre-océan, tout ceux qui rêvent d’une Amérique aux Américains, qui ne veulent pas soutenir la croisade visant à la domination mondiale. Il peut s’agir d’Aborigènes américains désireux de revenir à Manhattan, ou d’Afro-Américains qui n’ont pas encore, jusqu’ici, reçu de compensations pour l’esclavage.

Cela pouvait être des étrangers de pratiquement n’importe quelle condition, étant donné que Wall Street et le Pentagone ont bousillé la vie de très nombreuses personnes, dans le monde entier. Les Allemands peuvent se souvenir de l’holocauste terrifiant de Dresde, avec ses centaines de milliers de réfugiés sans défense incinérés par l’aviation de guerre américaine. Les Japonais ne sont pas près d’oublier l’holocauste nucléaire d’Hiroshima. Le monde arabe souffre encore aujourd’hui de l’holocauste rampant en Irak et en Palestine. Les Russes et les Européens orientaux ressentent la honte infligée à Belgrade. Les Latino-américains pensent aux invasions américaines de Panama et de l’île de la Grenade, au Nicaragua dévasté et à la Colombie défoliée. Les Asiatiques comptent leurs morts, soit dans la guerre du Vietnam, dans les bombardements du Cambodge, dans les opérations militaires au Laos, par millions. Même un présentateur télé russe pro-américain n’a pas pu s’empêcher de dire : « Désormais, les Américains commencent à comprendre ce qu’on a pu ressentir, à Bagdad et à Belgrade… » (Article « Orient Express », http://www.israelshamir.net/French/orient.shtml, passage repris en 2008 dans « Noam Chomsky et les Croisés du 11 septembre » http://www.alterinfo.net/Noam-Chomsky-et-les-Croises-du-11-septembre_a22088.html )

Les Justiciers auraient pu être n’importe quel emprunteur dont la maison aurait été confisquée par les banques, n’importe quel employé qui aurait été « dégraissé » de son boulot, déclaré sous-homme (Untermench) par le nouveau Peuple des Seigneurs (Herrenvolk). Ils eussent pu être des Russes, des Malais, des Mexicains, des Indonésiens, des Pakistanais, des Congolais, des Brésiliens, des Vietnamiens, les économies de tous ceux-ci ayant été détruites par Wall Street et le Pentagone. Ils auraient pu être n’importe qui, et ils sont tout le monde. Leur identité n’a strictement aucune importance, car leur message est autrement plus important que leur personnalité, et leur message peut être lu, à haute et intelligible voix, dans le choix des cibles. »

 

 

Donc, Mr Trump ne croyait pas si bien dire, au final : des millions de musulmans, parmi beaucoup d’autres, ont été heureux ce jour-là. Sûrement pas tous les musulmans, mais il n’a jamais dit « tous », non, jamais.

Si j’étais un musulman américain avisé, quelqu’un qui veut le bien de l’islam, je me demanderais lequel des candidats ferait le moins de tort à l’Oumma, au monde musulman. Devrais-je soutenir la dame qui jouissait sordidement au spectaclende la mise à mort atroce d’un dirigeant musulman, Mouammar Kadhafi ? Devrais-je soutenir la dame qui sera la star cette semaine, à la conférence de l’AIPAC, pour jurer allégeance à Israël pour les quatre prochaines années ? Ou, pour la même raison, devrais-je applaudir Ted Cruz qui prend ses ordres à Tel Aviv ? Ne devrais-je pas plutôt soutenir celui que Cruz a accusé d’être un ennemi d’Israël ?

C’était certes une accusation déplacée : Trump a des gendres juifs ; n’empêche que personne n’a encore accusé les autres candidats de jamais avoir enfreint le bon plaisir d’Israël.

A mon sens, les fautes habituellement imputées à Mr. Trump sont franchement mineures. Un bouffon, un ego démesuré, un fanatique ? Mais on n’en a rien à faire. La prochaine fois, vous direz qu’il n’a pas une hygiène corporelle parfaite, et qu’il pète en public. Des griefs fondés à la rigueur si vous l’invitiez à passer le week end chez vous.

Nous sommes devant deux grosses options d’envergure bien différente. Et les ongles sales ou les vents sonores compteront pour du beurre, car le nouveau président US devra faire face à d’autres enjeux.

Le Pentagone demande trois petits milliards de dollars  pour créer une nouvelle génération d’armes nucléaires. Ils appellent ça une « mise à jour », mais les experts disent qu’il s’agit de nouveaux systèmes, plus mortifères, plus précis et plus susceptibles d’être mis en œuvre. C’est un nouvel Hiroshima qui se prépare, et cette  fois, ce seront peut-être les Russes qui seront écorchés vifs dans la fournaise nucléaire, tandis que les Américains seront incinérés par la nouvelle génération de missiles russes. Le président Obama, Dieu le bénisse, n’a pas encore donné son feu vert pour cela. Nous, je veux dire le monde entier, pas les écrivaillons fragiles, devons absolument arrêter ce programme sans attendre. Donald Trump est capable d’arrêter ce délire. S’il peut le faire, qu’il me traite de youpin à longueur de journée, si ça lui chante.

L’administration US a lancé trois programmes : TISA, TPP, TTIP; s’ils les mènent à bien, ils asserviront l’humanité et en finiront avec les vestiges de démocratie dont nous jouissons  encore. Les démocrates d’Obama poussent dans ce sens. C’est encore plus dangereux que les armes nucléaires de nouvelle génération. Il faut arrêter cette monstruosité. Trump est capable de le faire, parce que ces programmes sont l’aboutissement de ce contre quoi il s’est battu jusqu’à aujourd’hui.

Voilà deux sujets bien plus urgents et importants que tout ce qu’on peut reprocher à Trump. Il n’aime pas les femmes obèses ? Et alors ? Elles se passeront bien de l’adoration  de Mr. Trump, s’il arrive à bloquer ces desseins atroces.

Trump président ne devrait pas poursuivre les manœuvres en Corée du sud, ce préambule explosif   à une guerre nucléaire. Des dizaines de milliers de soldats US s’entraînent en Corée du sud pour abattre le président de la Corée du nord. Je ne plaisante pas et je n’exagère pas. C’est le but explicite des manœuvres, elles rendent fou le président de la Corée du nord. Après le film produit par Sony et influencé par le Département d’Etat mettant en scène son assassinat, cela n’a rien d’étonnant. Si Trump oublie la Corée du nord, c’est bien lui, le président que je préfère.

Il a dit qu’il n’allait pas déchirer l’accord avec l’Iran, ni attaquer jusqu’au dernier Syrien pour dégager Bashar al Assad. S’il passe aux actes, qu’il dégoise tant qu’il voudra sur les grosses, même dans les termes les plus choquans. Ma tante, qui est médecin, disait qu’il n’y avait pas  de grosses dans les camps de concentration, ce qui prouve que ça n’est pas une maladie. Pour le mauvais goût, on peut difficilement faire mieux.

Je ne suis pas sûr qu’il y ait d’argument assez puissant pour contrer les milliards de dollars que les super riches investissent dans leurs pubs contre Trump. Mais réfléchissez : ces super riches ne sont pas réputés pour leur bienveillance. S’ils sont prêts à claquer autant de fric pour arrêter Trump, peut-être est-ce une raison  pour le soutenir ?

 

Traduction : Maria Poumier

Israël Shamir peut être joint sur  adam@israelshamir.net

Original publié sur The Unz Review

 

 

 

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