Lettre ouverte à MM. Finkielkraut et Zemmour, le 27 janvier 2016

Publié le 26/01/2016

  • Lettre ouverte à MM. Finkielkraut et Zemmour, le 27 janvier 2016

 

Comme Alain Finkielkraut, comme Eric Zemmour, bien des personnes plus ou moins juives par héritage familial veulent consolider la démocratie et la France en même temps. Ni l’un ni l’autre vous n’entretenez plus la moindre illusion sur l’histoire officielle des persécutions juives sous le nazisme, une histoire aujourd’hui réduite à un radotage de propagande bancale et périmée. Personnellement, inquiète comme vous de l’avenir de notre pays, je refuse de me laisser guider dans mes raisonnements par de vieilles rancunes ; mais je crains que celles-ci  soient réactivées par l’imprévoyance suicidaire de nos gouvernants. Et le tabou de ce qu’on appelle l’Holocauste est explosif. Vous n’ignorez pas que le monde musulman n’y croit et n’y souscrit pas du tout ; mais  la jeunesse européenne non plus, et se considère bridée injustement dans ses questionnements légitimes, en France par une loi répressive, la loi Gayssot de 1990, dont on nous promet maintenant des applications comportant jusqu’à cinq ans de prison, sous prétexte de menaces terroristes.

Dans ce contexte de crise, peu de gens peuvent dénouer l’imbroglio qui nous étrangle, mais vous en faites partie, par votre prestige, votre audience et le sérieux de votre réflexion. C’est pourquoi je vous demande d’endosser sans plus attendre un beau rôle, héroïque et utile : abolissez vous-mêmes dans les faits la loi Gayssot par vos raisonnements droits et des écrits francs sur le sujet frappé d’omerta. Vous n’avez rien à craindre, vous serez immédiatement compris et entendus ; personne ne va vous envoyer en prison si vous trouvez quelques amis pour signer à vos côtés une lettre ouverte, adressée à telles ou telles autorités compétentes auxquelles vous pourriez écrire en substance :

« Nous demandons l’abolition immédiate de la Loi Gayssot de 1990 parce qu’elle fait le jeu des antisémites en faisant apparaître en bloc les juifs comme des menteurs, des tenants du mensonge et des agents de la répression contre les chercheurs en histoire sur une période historique unique, qui, précisément à cause de son caractère douloureux, exige l’exactitude, la recherche de vérité et le débat public. Le culte de l’Holocauste est une pratique relevant de l'intimidation  communautariste criminogène, qui perpétue les rancunes, conduit fatalement à l’affaiblissement de la pensée française et renforce toute mouvance ne se réclamant pas de la démocratie ».

Prenez l’initiative de cette action d’éclat, vous qui êtes les mieux placés pour le faire avec quelque espoir de nous sortir des impasses actuelles ! L’honneur des juifs français en sera rétabli et notre pays tout entier retrouvera de la vigueur, donc des solutions à ses problèmes d’autorité. La France y gagnera en rayonnement : bien au-delà d’elle-même, dans toute une partie du monde, son engagement en faveur de la liberté de pensée et de recherche sera imité.

De quel droit est-ce que je vous interpelle de la sorte ? C’est à partir de notre amour commun des belles lettres et de la vérité, et de ce que nous leur devons. Depuis 1995, j’essaie de faire connaître l’œuvre de Robert Faurisson dans les milieux de gauche où elle était abondamment calomniée, mais non pas lue ni vraiment connue. En 2009 nous avons publié un document écrit à deux voix, En Confidence, entretien avec l’inconnue, éd. Pierre Marteau, Milan. L’inconnue, c’était moi, mais cela pourrait aussi bien désigner la muette conscience de bien des personnes de mon milieu professionnel, les profs qui comme vous et comme le Faurisson maudit, aiment la littérature et la prennent au sérieux. Depuis lors, Paul–Eric Blanrue, Vincent Reynouard, Alain Soral, d’autres encore, ont multiplié les attaques contre l’inertie criminelle des gens qui font l’opinion, et ont récolté en retour les persécutions judiciaires, comme Robert Faurisson lui-même.

Une page se tourne maintenant, avec le rejet de la QPC concernant la légitimité des recherches historiques sur la question des chambres à gaz homicides allemandes, des six millions de juifs assassinés sur ordre d’Hitler, et sur tout le fatras qui a fini par imposer ces deux jambes rhétoriques du « génocide hitlérien » comme deux dogmes consubstantiels à la démocratie. Le Conseil constitutionnel est formel, net et précis : il est hors de question de mettre ces dogmes en question, parce que, nous dit-on, l’antisémitisme en sortirait renforcé. C’est assez bien vu, certes… et la position de ceux qui mettent en application la loi Gayssot deviendrait nettement moins confortable si cette loi était abolie. Malheureusement, l’argument est bien pauvre, car, à lui seul, il suffit aussi à renforcer l’antisémitisme ! C’est assumer que « les juifs » (jamais définis, au fait, par des magistrats qui voient en eux leur suprême autorité de tutelle) devraient à chaque fois faire un peu plus la loi dans toute démocratie. Cela ne figure point dans notre Constitution, ni dans celles de nos voisins, ni dans celle des institutions européennes, que je sache. Mais c’est ainsi, et ceux qui ne se disent pas juifs devraient faire comme s’ils trouvaient la chose normale, jusqu’à la fin des démocraties ? 

Maria Poumier, universitaire à la retraite 

P. S . Je joins à ce message un exemplaire de notre livre à deux voix, Robert Faurisson et moi-même, En Confidence, entretien avec l’inconnue. Je l’avais adressé au ministre de la Justice il y a quelques années, et il m’avait été retourné avec la mention « Refusé » et ce mot d’une secrétaire de Mme Alliot–Marie, resté entre les pages par erreur sans doute : « Sans consignes, il me semble que personne ne peut lire ce genre de thèse ». C’est ainsi que cela  se passait au ministère de la Justice, en septembre 2009 (je l’avais adressé aussi au ministre de la Culture –Frédéric Mitterrand- et à d’autres autorités, qui ont, pour leur part, gardé l’ouvrage, et n’ont pas réagi du tout).

Afin d’inviter d’autres lecteurs à nous suivre dans nos interrogations qui remettent en question l’ostracisme dont est frappé Robert Faurisson, voici quelques-unes des questions que je lui pose dans le livre, et auxquelles il donne des réponses surprenantes :

 

L’Inconnue : Devant un destin aussi rare que le vôtre, par les surprenants excès que vous avez provoqués, on ne peut s’empêcher de vous tenir, de quelque bord que l’on se place, pour un être improbable, un Arsène Lupin, si vous permettez, une figure du mythe de l’évasion à répétition, qui nous nargue. Votre passion a toujours été la littérature ; il n’est pas rare que le romanesque transfigure ses lecteurs ; c’est ce qui était arrivé à don Quichotte, à Madame Bovary et à bien d’autres. Je vais donc me permettre de vous traiter comme un personnage de roman, qui aurait été formaté par ses lectures ; vous appartenez à la légende avant que le roman de votre vie ait été écrit, certes, mais on pourrait en dire autant de bien des gens célèbres.

XXX : Certains vous ont comparé à Giordano Bruno, dans le rôle du savant sur lequel s’acharnent les tribunaux, convaincus que ses théories mettent en péril leur autorité et l’équilibre de la société tout entière. Vous sentez-vous le Giordano Bruno de notre temps ?

XXX : D’un autre côté, on a l’impression que le couple infernal que vous formez avec ceux qui vous honnissent aurait sa place chez Edmond Rostand ou chez Alfred Jarry. On peut même dire que vous êtes entré dans le répertoire comique des jeunes, puisqu’ils disent maintenant « gazer » quelqu’un, là où on disait autrefois « chambrer ». C’est une consécration indirecte, mais réelle, et les dictionnaires de la langue française devront en tenir compte !  
Par ailleurs, j’ai l’impression qu’en tant que créateur de personnages de comédie, dans les spectacles que constituent les audiences de vos procès, où vous semblez mener les acteurs et le public par le bout du nez, vous êtes aussi un peu Molière, le Molière qui est dans les coulisses, et le Molière sur scène. Mais comment appelleriez-vous le type psychologique et social que vous avez en quelque sorte façonné, comme condensé de vos adversaires, après Harpagon, Tartuffe, Alceste, le Malade imaginaire et tant d’autres ?

XXX : Comme un vrai romantique, vous expliquez votre passage de la gauche de votre jeunesse à la défense des grands vaincus de la Seconde Guerre mondiale par l’attirance obstinée envers les perdants. C'est très beau, exaltant et généreux. Si l'Allemagne nazie avait gagné la guerre, vous porteriez-vous maintenant à la défense des démocraties judéo-centrées ?

XXX : En dehors de Proust, y a-t-il d’autres écrivains juifs que vous admiriez ?

XXX : Vous avez dit quelque part comprendre et admirer le geste de la femme de Goebbels, qui tua ses six enfants avant de recevoir la mort de son mari. Cela nous ramène-t-il à la grandeur tragique ?

XXX : Votre règle de méthode, votre profession de foi dans le détail, même si c’est le détail qui tue, et qui vous tue, est comme un cartésianisme extrémiste, étouffant, une prison mentale. Et vous dites vous-même que c’est peut-être maladif, cette obsession de l’exactitude qui vous a acculé à n’étudier que l’un des aspects monstrueux de l’humanité contemporaine. Le propre du maniaque n’est-il pas d’être inconscient de son travers ?

XXX : Seriez-vous par hasard un écrivain du XIXe siècle ? Dans ce cadre-là, vos commentaires sur les juifs sembleraient tout à fait à leur place entre ceux de Voltaire et de Baudelaire, par exemple… A une époque encore très proche, on disait pis que pendre de la femme (comme Michelet, qui en consommait pourtant beaucoup), des noirs (à peu près tout le monde), des homosexuels (Proust). Et puis les écrivains eux-mêmes ont miné les murailles immunitaires des Européens, et ont élargi leur empire critique. Est-ce que tout ce processus de réhabilitation des damnés, la grande dynamique d’abolition des limites, propre au XXe siècle, et qui inclut les juifs, ne relève pas de ce que vous admirez, l’attitude d’Eschyle relevant le vaincu ?

Conclusion : Je constate que vous êtes un roc de conviction et que vous avez édifié au milieu de l’histoire de la pensée française un bloc de marbre ; ceux qui vous dénient le droit de vous exprimer, ceux qui vous nient ou vous renient, ceux-là, rien ne les sauvera de l’oubli ou du mépris. Dieu fasse que les lecteurs de notre échange trouvent ici de nouveaux terrains de rencontre et que ne s’aggravent plus les rancœurs !

 

COMMENTAIRES

Aucun commentaire pour le moment.

Ajouter un commentaire