Les soldats oubliés : Carlos, par Israël Shamir

Publié le 08/11/2015

  • Les soldats oubliés : Carlos, par Israël Shamir

 


Le Vénézuélien Ramirez avait eu trois fils. Le premier, il l’a nommé Ilich, le second, Vladimir, et le troisième, Lénine. Vladimir et Lénine vivent heureux pour toujours au Venezuela, soutenus par le Parti communiste et par la société, amicale avec la Russie. 

 

Et Ilich, supérieurement intelligent, supérieurement courageux, soutient également le Parti communiste, défend également Poutine, mais tout cela du fond d’une prison française - depuis plus de vingt ans.


Ilich avait étudié à Moscou, à l'Université Patrice Lumumba; on dit qu'il avait refusé une bourse d'études à la Sorbonne parce qu’il voulait vivre et étudier dans le pays du prolétariat victorieux. Imaginez l’ensemble prodigieux de vraies croyances et d’idéaux pour les frères Ramirez, et plus que tout pour Ilich : il voulait sauver le monde. Il a pris un flingue, et il est parti défendre les opprimés. Le plus opprimés à l'époque étaient les Palestiniens et la cause palestinienne attirait les idéalistes avec des flingues. Dans les camps de réfugiés palestiniens et parmi les combattants formés par l'Armée Rouge allemande il y avait Andreas Baader, Ulrike Meinhof et Horst Mahler, et la beauté palestinienne Leila Khaled. 

 

 

Révolutionnaire professionnel, frère du Che Guevara en esprit, Ilich a combattu dans les rangs du Front Populaire pour la Libération de la Palestine (FPLP) contre les envahisseurs sionistes, il a fait sauter des banques, enlevé des banquiers, pris en otage onze ministres des pays producteurs de pétrole (OPEP) à Vienne en 1975, bâti sous terre des réseaux en Europe et au Moyen-Orient : il était l’espérance révolutionnaire en personne. Il est devenu légendaire sous le nom de guerre "Carlos" (1), et les ennemis lui ont donné le surnom de "Le Chacal" - en l'honneur du héros du livre de politique fiction Les jours du Chacal, avec qui il avait peu en commun. Le Jackal de Forsyth tuait pour l'argent, Carlos - pour la révolution et pour la liberté.


Il n'a pas été un agent du KGB, bien que, selon certains, il ait eu des liens étroits avec les services de renseignement soviétique, des actions coordonnées ayant été menées à l’occasion, quand c’était nécessaire, pour le plus grand profit du Kremlin. C’était un franc-tireur, mais un franc-tireur du côté soviétique.


Après la chute de l'Union soviétique, le réseau mondial du KGB et de ses amis s’est retrouvé laminé. Les uns ont été trahis par les chefs, d’autres ont été capturés par l’ennemi, la situation était tendue pour tous les révolutionnaires. 

 

En 1993, Ilich avait fui au Soudan, mais c’est alors qu’il a atteint les sommets. En 1994, il a été enlevé par les services secrets français, exporté vers la France, et il a été jugé et condamné à la prison à perpétuité, parce que, alors qu’il résistait à une arrestation,  trois gendarmes français avaient trouvé la mort.


Depuis lors, plus de vingt ans sont passés. La moitié Ilich les a passés à l’isolement, les autorités françaises tentaient de le rendre fou. Mais il a survécu, plus lucide et solide que jamais. Ilich n'assume aucune des accusations qui le visent, il a toujours tout nié ; impossible de dire avec certitude quel genre de choses il a faites lui-même, et quels autres faits lui sont simplement attribués, parce que ça arrange les médias et les autorités.

Voici quelques questions auxquelles il a pu répondre brièvement :


- Êtes-vous un terroriste? 

 

- Je suis un révolutionnaire professionnel dans le sens léniniste, je suis un combattant de la résistance palestinienne. C’était mon destin de  devenir un révolutionnaire professionnel, et j’ai essayé d’être le meilleur dans mon secteur d’activités.


- Est-ce que vous êtes fier de votre travail? 

 

- Je suis fier de tout ce que j’ai fait. Mais symboliquement l’opération pour capturer les ministres de l'OPEP à Vienne a été la plus importante. Ils pensaient qu'ils étaient les maîtres du monde, mais je leur ai montré qu'ils étaient vulnérables.


- Quel avenir pour la Palestine? 

 

– En lieu et place de l’Etat des sionistes, il y aura un Etat palestinien démocratique et laïque, ouvert à tous, juifs et Palestiniens.


- Que pensez-vous Le Pen?

 

- Pour moi, communiste, Le Pen est un fasciste de l’ancien temps, mais j’ai de la sympathie pour lui, parce qu'il est le seul homme politique français qui sait trancher, et que c’est un patriote. Jadis c’étaient les communistes, les vrais …


- Que pensez-vous de Poutine? 

 

- J’en pense du bien, comment pourrait-il en être autrement? Il aété formé au KGB, qui était la pépinière de l'élite soviétique. C’est une bonne  chose qu'il ait été porté au sommet du pouvoir en Russie. Je souhaite que son projet politique réussisse parce que le monde a besoin d'une Russie forte, d’une Troisième Rome slave, sur la base de l'orthodoxie et du communisme ...

 


« Carlos » Ilich reste en captivité, ses derniers combats de soldat soviétique sont oubliés. Il a longtemps été livré à la volonté de la CIA, du MI-5, du Mossad, qui a tout fait pour avoir sa peau. 

 

 

Après vingt ans dans une geôle française, il regarde avec espoir du côté de Moscou. Il espère qu'il y aura des camarades pour se souvenir de lui.

 

 


On m'a dit que les autorités françaises pourraient accepter d'expédier Ilich en Russie, si celle-ci le réclame. Il n’a pas été un agent soviétique dans le sens strict du terme, mais Poutine pensait certainement à lui quand il a dit:

 "Nous ne sommes pas des lâcheurs »...

(1) En fait, c'est Libération qui lui a attribué ce nom (avec Libération). Son nom de combattant est "Salem Salim Mohammed"  (ndt)

 http://izvestia.ru/news/594924 , 5 novembre, 2015.

 Traduction : Maria Poumier

Moscou, le 12 octobre 2015

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