Heureusement, il y a les éditions SIGEST

Publié le 01/11/2016

  • Heureusement, il y a les éditions SIGEST

HEUREUSEMENT, IL Y A LES EDITIONS SIGEST !

Proche et Moyen-Orient On-line, Observatoire géostratégique

 Rédacteur en chef : Richard Labévière

- Rédaction: Michel Annequin, Jean-Claude Bainville, Bouchra Belguellil, Guillaume Berlat, Jacques-Marie Bourget, Alain Chouet, Bernard Cornut, François Nicoullaud, Etienne Pellot, Bertrand Renouvin.

[Voir aussi : http://www.bvoltaire.fr/francoisbelliot/la-propagande-anticonspirationniste-est-une-fraude,291558?mc_cid=77d5ac59c7&mc_eid=cdd246ddfd]

Votre magazine prochetmoyen-orient.ch s’est souvent inquiété – et s’inquiète toujours – de la déliquescence de la presse parisienne étant passée résolument de l’infobésité à la communication, voire à la propagande, sinon à la censure délibérée. Malheureusement, le même constat vaut pour l’édition française.

Sans être exhaustif, un rapide tour d’horizon confirme ce constat aveuglant. Chez Grasset, sous la férule mondaine de Jean-Paul Enthoven et de Bernard-Henri Lévy, les manuscrits retenus doivent impérativement recevoir la bénédiction préalable de Tel-Aviv. Chez Gallimard, les choix sont plus sophistiqués mais ont tendance à suivre la même inclinaison. Depuis la disparition du regretté Claude Durand, Fayard privilégie désormais les coups au foie et s’intéresse plus à la vie affectivo-sexuelle de Julie Gayet qu’aux grands enjeux du temps. Quant au Seuil, Olivier Bétourné et sa compagne lacanienne veillent scrupuleusement à ne pas heurter l’inconscient de la bobologie germanopratine…

Heureusement, la petite édition libre et indépendante résiste et se porte bien. Exemple emblématique : les vaillantes Editions Sigest qui multiplient les publications de courage et de ré-information citoyenne. Dernièrement, cette petite maison héroïque vient de publier à contre-courant d’un flot inouï de propagande une série d’ouvrages sur la guerre globale de Syrie. Ce sont d’abord les deux volumes de François Belliot – homme de lettres spécialiste de la désinformation -, intitulés Guerre en Syrie – Le mensonge organisé des médias et des politiques français -, déconstruisant notamment l’affaire Hamza al-Khatib, le massacre de Houla et les attaques chimiques.

Ces exactions horribles, en particulier les deux dernières, ont été unanimement présentées par les médias et les politiques, avant toute espèce d’enquête sérieuse, comme des abominations du « régime de Bachar al-Assad ». Elles devaient même servir de prétexte au déclenchement d’une expédition militaire punitive contre la Syrie en septembre 2013, alors qu’il s’agissait, comme François Belliot le démontre – preuves à l’appui -, d’attaques menées par des groupes « rebelles ». Le cas syrien est particulièrement emblématique de la capacité des armes de communication massive à manipuler la réalité des événements pour les reconfigurer selon la présentation unidimensionnelle des diplomaties occidentales et des pays du Golfe, celles de Washington, Londres, Paris, Berlin, Tel-Aviv et Riyad s’entend !

Imparable, le travail de François Belliot mériterait d’être enseigné dans toutes les écoles de journalisme de France, de Navarre et d’ailleurs. Mais bien-sûr, la grande presse mainstream n’en dira pas un mot, tant les faits rapportés comme la méthodologie utilisée constituent autant d’accusations accablantes adressées à la face de ces mêmes grands médias qui ont renoncé à leur mission d’informer au profit d’un juteux trafic d’influences.

En 1974, Louis Althusser publiait ses cours pour scientifiques Philosophie et Philosophie spontanée des savants1, expliquant que toute activité professionnelle fonctionne sur des a priori et génère une conception du monde, une conception idéologique. La maladie ne lui laissa pas le temps de s’intéresser aux journalistes dont il nous disait qu’ils sont « les charlatans de la représentation, d’une représentation le plus souvent vide ». Depuis ces belles années du foisonnement structuraliste, la représentation ne s’est pas améliorée… l’information cédant à la pression de la marchandise, à la confusion des genres et à une surveillance panoptique particulièrement diversifiée et répressive.

Les tâches de contrôle et de basse police de la pensée sont assurées par une milice de chiens de garde de pédigrées très divers : journaliste, éditorialiste, philosophe, géo-politologue, spécialiste, expert, militant, activiste, cuisinier, intermittent du spectacle, etc. En rupture avec ce terrible cortège, il est d’autant plus réconfortant d’avoir accès, de lire et de diffuser les travaux de François Belliot qui renoue avec Le devoir d’irrespectcher à Claude Julien, l’ancien patron du Monde Diplomatique. Mais quel journaliste d’aujourd’hui se souvient-il encore de cet illustre ancêtre auquel on peut associer les souvenirs d’André Fontaine, d’Eric Rouleau et de quelques autres ?

Plus récemment, les Editions Sigest ont publié un autre ouvrage qui mérite aussi toute l’attention de celles et ceux qui cherchent à comprendre ce qui se passe réellement en Syrie : Retour de Flamme – Les banlieues de Damas, matrice du terrorisme qui frappe l’Occident. Chroniques de cinq années de guerre coalisée contre la République arabe syrienne. Ancien grand reporter, membre de l’Académie de géopolitique de Paris, son auteur – Jean-Michel Vernochet – est l’un de nos plus vieux routiers des Proche et Moyen-Orient. Mais comme François Belliot et quelques autres, on ne risque pas de le voir sur le plateau de C dans l’air conditionné et des autres émissions On est toujours couché ou Renvoyé spécial… Ces empêcheurs d’informer en rond risqueraient de nous réveiller de notre sommeil dogmatique collectif et d’interrompre nos fructueuses affaires en cours avec les ploutocraties du Golfe !

Que disent d’insupportable pour la doxa dominante les chroniques de Jean-Michel Vernochet ? A l’appui d’informations souvent inédites et exclusives, elles remontent aux causes du phénomène terroriste contemporain. Elles déconstruisent les impasses de la « guerre contre la terreur », le cynisme mercantile des pays occidentaux envers les pétromonarchies, la désinformation de médias voyeurs qui basculent dans la propagande et les fadaises d’improbables experts.

Aujourd’hui, l’Arabie saoudite demeure l’un des principaux financiers de l’Islam radical, qui tue non seulement dans les pays occidentaux, mais aussi et surtout dans le monde arabo-musulman. Ce scandale perdure en toute impunité depuis plus de trente ans, parce qu’il engraisse marchands de canons et autres prédateurs. Le terrorisme profite aussi d’une révolution numérique dont personne ne maîtrise les effets et qui échappe au contrôle des Etats.

Il s’agit ici de comprendre de quoi est faite la matrice qui engendre la terreur, de transformer l’irrationalité de l’émotion en entendement, de se donner les moyens de savoir. Après plus de vingt ans de reportages de terrain, d’enquêtes et d’analyses, Jean-Michel Vernochet démonte savamment les rouages du terrorisme moderne et ouvre plusieurs pistes pour en combattre la fatalité. Merci encore aux Editions Sigest d’avoir publié ces livres nécessaires, à lire, à diffuser et à discuter…

Etienne Pellot
31 octobre 2016

1 Louis Althusser : Philosophie et philosophie spontanée des savants. Editions Maspéro, collection Théories, 1974.

http://prochetmoyen-orient.ch/heureusement-il-y-a-les-editions-sigest/

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