Ni gogos ni démagos

Publié le 05/09/2016

  • Ni gogos ni démagos

Nous ne sommes pas Charlie, sous la direction de Kevin Barrett, entretien avec Lawrence Desforges, éditions Kontrekulture.

 

Un an exactement après sa sortie aux USA, voici la traduction française par Lawrence Desforges. Ce volume regroupe des articles parus à chaud, juste après les attentats de janvier 2015 à Paris (un deuxième volume est d’ailleurs déjà paru en anglais, et sera bientôt disponible en français). On  trouve dans Nous ne sommes pas Charlie les réflexions de Laurent Guyénot, d’Alain Soral, les argumentations de Hicham Hamza, pour la France, et les contributions des ténors américains qui ont réduit en cendres la version officielle sur le 11 septembre, tels Webster Tarpley, Barbara Honneger, Anthony Hall, Cynthia McKinney, mais aussi des points de vue musulmans, dont celui du guide de la révolution iranienne, l’iman Khamenei, et plusieurs autres.

 

MP Lawrence, qu’est-ce qui vous a fait choisir de mener à bien la traduction de cet ouvrage ? Les Français manquent-ils d’informations ou d’analyses, sur les événements du 11 au 13 janvier 2015 ?

LD Cela fait plus de quatre ans que je m'emploie à traduire bénévolement des articles de la presse alternative anglo-saxonne, qui sont publiés sur plusieurs blogs et sites francophones.

          L'essence même de cette activité consiste à compléter et à enrichir le contenu intellectuel à disposition des Français et des Francophones, pour leur permettre de faire des choix plus éclairés et plus libres, autour de certains faits.

          En l'occurrence, concernant l'attaque des bureaux de Charlie Hebdo, de la prise d'otages qui a suivi Porte de Vincennes et des courses-poursuites qui se sont enchaînées à la cadence éperdue du « story-telling », « embedded » c’est-à-dire une histoire romanesque, figée dans un tissu idéologique précis, et se disant légitimée par des dépêches « à chaud » sur le terrain des médias grand public soumis à la « voix de leur maître » qui préfère rester dans l’ombre, on a forcé les gens à digérer tant bien que mal et sans autre choix un récit sensiblement arrangé d'avance qui, au fil des heures, jours, semaines et mois qui ont suivi ces horribles événements, s'est révélé être une décoction infâme, un galimatias comportant des bribes disparates d'information ; ce récit est un méli-mélo  toléré unitairement parce que c’est une espèce de pot-pourri de concepts à la mode préfabriqués dans un fallacieux scénario de « guerre contre la terreur ». Ce scénario est issu du « False-Flag » suprême de notre époque – le « 11 septembre » (2001) -  qui détermine la « doxa » du monde dans lequel je vis ; il était hors de question pour moi d'avaler ces salades sans piper mot...

Conscient des réalités derrière les apparences j'ai offert mon concours au Dr. Kevin Barrett quand j'ai appris son désir de trouver un traducteur en français de cette œuvre qui doit, à mon avis, faire date.

MP Le livre permet-il de répondre à la question : qui sont les commanditaires de l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, puis de l’attaque de l’Hyper-Casher ?

LD Comme il est le fruit collectif de plus de vingt auteurs différents – mais tous qualifiés, fiables et d'autorité – ce livre propose un éventail de commanditaires éventuels mais, presque comme si certaines routes doivent, dit-on, toutes aboutir à Rome, ici elles passent par la CIA et le Mossad. Dans la classique ligne d'enquête cherchant « cui bono » ? (à qui profite le crime?), utilisant les meilleures didactiques possibles et en tirant les inductions logiques qui s'imposent, le livre dégrossit le dossier à charge encore à monter pour amener devant un tribunal et l'exigence publique les vrais coupables de cet attentat sous faux drapeau, commis sur notre sol et instrumentalisé pour servir de carburant à un impérialisme débridé et insensé...

MP S’agissait-il pour les tueurs d’obtenir un changement d’attitude  de la part du gouvernement français sur certains problèmes internationaux ?

LD L'un des auteurs relève l'anecdote, qui n'est pas inutile, selon laquelle  la cote de popularité du président François Hollande a rebondi d'une ribambelle de points de pourcentage dans le sillage de ses déclarations patriotiques, après les tueries de janvier 2015. Pour vous parler franchement, et selon ce que je perçois des méthodes politiques, surtout après avoir traduit ce livre, les « tueurs » abattus n’étaient peut-être pas les vrais – ni dans les faits ni dans les actes - et de toute façon leur rôle n'a finalement été que celui du bouc émissaire, afin d'alimenter le discours préconçu de « choc des civilisations » entre l'Occident « post-moderne » et l'Orient islamique.

En cela, dès lors que les coupables désignés (les frères Kouachi) – qui n'étaient probablement pas les auteurs présents sur place, et je vous renvoie vers le livre à ce sujet – ont été commodément abattus par les forces dites de l'ordre, leurs revendications (que je viens de vous décrire comme inventées de toutes pièces) deviennent factuelles tant qu'elles reçoivent, à l'épreuve du temps, l'assentiment général induit par les trompettes médiatiques. Comme les pistes se troublent à l'aune de la confidentialité officielle, elles semblent se diluer assez tôt dans le courant de l'investigation décrite dans le livre, mais constituent par ailleurs un faisceau d'éléments concordants tellement criant qu'il faudrait être sourd-muet pour ne pas y réagir (avec tout mon respect pour les personnes souffrant de ce handicap). Les desseins géopolitiques internationaux sous-jacents se dégagent de la nature et de l'exécution de l'opération ; ici, ils sont clairement explicités.

MP Certains auteurs de ce volume ont une réputation de conspirationnistes ; ils voient dans ce qu’ils appellent le 11 septembre français une opération organisée en haut lieu pour justifier l’état d’urgence en France et toutes sortes de restrictions des libertés publiques. Cette idée d’un « French False Flag » ou coup monté par des services spéciaux français et/ou étrangers suffit-elle à expliquer l’enchaînement des  événements, depuis le premier meurtre commis quelques jours plus tôt par Mohammed Kouachi ?

 

LD     Vous parlez à un « converti », adepte résolu des thèses alternatives sur le 11 septembre 2001, et par conséquent mon meilleur argument est de vous opposer les preuves incontournables concernant cet événement, en « préambule » d'une conversation sérieuse sur les événements de Charlie Hebdo. Les collusions avérées et répertoriées dans ce livre entre certains des acteurs de ces attentats et les services secrets français, voire avec l'establishment lui-même, comme par exemple une photo montrant Ahmedy Coulibaly aux côtés de Nicolas Sarkozy dans le jardin de l'Élysée alors que ce dernier était encore Président, pour ne prendre que l'écume de la crème des preuves...


Afin de bien démontrer le sérieux de telles allégations les auteurs ont pris la peine de recenser et de décrire certains des attentats sous faux drapeau ou exécutés par des boucs émissaires les plus éminents des 20 dernières années, depuis les premiers attentats à la bombe du World Trade Center en 1993 en passant par l'USS Cole au large du Yémen en 1999, et maints autres attentats réels ou soi-disant déjoués aux USA pour démontrer qu'à chaque fois – et sans exception – des éléments des services secrets occidentaux étaient impliqués (dans les exemples cités le FBI et/ou la CIA).

Dans une vision plus géopolitique des événements mondiaux, ce genre de pratique traduit le recours à des techniques extrêmes pour sauver un système condamné.

MP Tout de suite après les faits, on a vu effectivement la répression prendre prétexte de la défense de la liberté d’expression pour s’abattre férocement sur Dieudonné et sur Alain Soral, les deux personnalités ayant une véritable audience populaire dans leur critique de notre régime de l’antiphrase érigé en système. Un an et demi plus tard, diriez-vous que l’opération reprise en main de la jeunesse a porté ses fruits ?

LD Pour autant que je sache Dieudonné profite toujours d'une popularité au moins équivalente à celle qui l'accompagnait il y a 2 ans même si elle s'est faite plus discrète, voire clandestine, et les conférences  d'Égalité & Réconciliation continuent de drainer du monde. De plus, grâce à bien d’autres médias alternatifs français, les tentatives du système visant à robotiser le discours sont loin, très loin d'avoir gain de cause. La jeunesse est véritablement plus douée que vous n'oseriez en rêver, et c'est une partie du problème pour les sbires du pouvoir qui ne cessent d'épuiser leurs possibilités de tenir leurs promesses. Concrètement, ma réponse est un clair et sonore « NON ! »

MP On constate que sur la guerre en Syrie, la version officielle criminalisant Bachar al Assad a été démentie au coup par coup[1], et que désormais les journalistes lisent très attentivement les analyses dissidentes qui irradient à partir d’internet, et qu’ils traitaient d’affabulations jusque-là. La réinformation alternative avait vraiment gagné la bataille sur ce sujet en particulier, même avant l'intervention militaire de la Russie. En est-il de même pour l’affaire Charlie ?

LD Au jour où je vous réponds, à la rentrée 2016, depuis l'affaire Charlie il y a eu l'affaire Bataclan, puis l'affaire de Nice... La ré-information gagne du terrain tant que l'esprit collectif des gens n'est pas accaparé par d'autres événements, apparemment du même ordre et aux mêmes funestes mais incompréhensibles fins. De la même façon la popularité de Hollande fait des hauts et des bas, et l'attention des gens demeure apparemment centrée sur la souffrance et la surprise de l’instant. Bien que je me réjouisse des avancées certaines de l'information hétérodoxe dans le débat public, les effets se font toujours attendre. En ce qui concerne Charlie Hebdo, tant que je verrai des stickers « Je suis Charlie » aux fenêtres de certains bureaux de Radio France dans le XVIème à Paris, il n'y a pas de victoire à célébrer et les gens continuent d'être leurrés.

MP Qui a donc en ce moment une longueur d’avance, dans l’instrumentalisation des massacres de janvier 2015 ? Le peuple désormais méfiant sur toute interprétation officielle des attentats qui se produisent sur notre sol ne risque-t-il pas de se bercer de spéculations sur la malfaisance du Mossad implanté jusqu’au cœur des élites françaises, et ne risque-ton pas de sous-estimer la menace de bien d’autres attentats qui échapperaient  aux radars du Mossad ?

LD Soyons clairs : il n'y pas de source de terrorisme en France où l'influence du Mossad ne soit visible ou larvée. D’une part le Mossad lui-même n'est qu'un bras armé du système néo-impérialiste occidental, et Israël est un « porte-avions » de l'Occident au Moyen-Orient comme il a été allégué que le Royaume-Uni est un porte-avions étasunien en Europe. D’autre part, le Mossad impose au gouvernement français sa grille de lecture pour des actes impliquant une préparation très rudimentaire. Je m’explique : deux types de terrorisme sont reconnaissables : un terrorisme d'Etat et/ou de services secrets, ourdi et perpétré par les Etats eux-mêmes ou des factions à l'intérieur de ceux-ci à des fins de politique intérieure et généralement de sujétion économique, et un terrorisme de « résistance » et de désespoir, qui correspond davantage à l'idée que les gens peuvent se faire de certaines actions palestiniennes par exemple, et qui sont systématiquement qualifiées de « terrorisme » par l'occupant israélien alors qu’il s'agit souvent de ripostes compréhensibles à des brimades systématiques. Le Mossad veut que nous interprétions ce qui se passe en France sur le modèle de ce qui se passe en Israël. Mais  ce ne sont nullement les autochtones qui sont kamikazes, en France, et il n’y a pas de motivation comparable contre un envahisseur !

MP Kevin Barrett est quelqu’un de très actif aux USA, mais peu connu en France. C’est un chercheur de vérité qui veut nous protéger de notre naïveté. Quel est à votre avis son apport principal, avec ce nouveau livre ?

LD Hors le fait que c'était un plaisir de faire la connaissance d'un amoureux de la France qui a séjourné à Paris pendant son cursus universitaire à la Sorbonne, le Dr. Kevin Barrett a par ce travail fait preuve de courage, car il est reconnu pour sa croisade « anti-guerre contre la terreur » qui lui a fait perdre son poste universitaire en 2006 ; il a témoigné de sa dévotion à la vérité dans une époque de mensonges rémanents et impunis en dépit de tout, et malgré toutes les menaces. Kevin Barret a choisi de compiler et de publier à compte d'auteur cet éventail d'éléments qui méritent tous de figurer dans les dossiers d'un tribunal jugeant les réels coupables des vagues d'attentats frappant la France. Le dos de couverture rédigé par David Ray Griffin, auteur émérite de l'ère post- et anti-11 septembre, souligne l'intérêt essentiel de ce livre : « jamais auparavant des chercheurs de vérité n’ont contré aussi vite, avec une réponse aussi complète et détaillée, une probable opération sous fausse bannière, juste après son déroulement. » C'est la première fois, depuis l'assassinat de John Fitzgerald Kennedy, qu'est publié un livre offrant au public un éventail des éléments dont tous voudront avoir connaissance lorsque aura lieu le procès des vrais coupables de l'attentat de Charlie Hebdo, qui sont dévoilés dans ce livre. Qui a vraiment tué Kennedy et pour quels intérêts, qui a monté l’opération Charlie et qui l’a exécutée ? Le parallèle est d’autant plus pertinent que le gouvernement français voudrait que la jeunesse considère l’équipe de Charlie Hebdo comme des martyrs de la sainteté républicaine, et ce journal comme une référence indépassable de l’esprit démocratique !

 

 

 

 

 

 

Mais pas de poison sans organisme réceptif. Pas d’intoxication informationnelle sans prédisposition à croire certaines fables, sans vulnérabilités idéologiques. Selon les gens, la conviction de fond est variable : que les impérialistes utilisent des armes secrètes ou que le monde se divise en démocraties ouvertes et dictatures archaïques, que les multinationales empoisonnent la planète ou que les musulmans sont partout persécutés. Voilà le terreau variable de la croyance, à notre époque. À cela s’ajoute un facteur plus nouveau, mais partagé par tous : la crise de crédibilité des médias « classiques ». Le scepticisme, l’ironie, la tendance à rechercher des intérêts cachés et à remettre en cause tout discours officiel ou « dominant », l’envie de rechercher une cohérence stratégique entre des faits présentés comme fruits du hasard ou de la méchanceté humaine : tous ces traits que l’on croyait réservés aux intellectuels critiques il y a trente ans se sont incroyablement démocratisés. Ce n’est pas forcément une bonne nouvelle dans la mesure où les explications de substitution de type théories paranoïaques ou complotistes ne valent souvent pas mieux que la doxa qu’ils contestent. Mais c’est aussi le signe d’une rupture culturelle -masses contre élites- au moins aussi importante que la rupture technologique (intoxication via les médias dominants versus prolifération des versions concurrentes sur les réseaux sociaux).

 



[1] La victoire continue, à chaque étape, des médias dissidents, est retracée en détail dans le livre de François Belliot, Guerre en Syrie : Le mensonge organisé des médias et des politiques français, 2 t., éd. Sigest, 2015-2016. 

 

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